‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 187 sur 195 · Archives de U famille de Poligaac · texte numérisé non relu

Archives de U famille de Poligaac

i. Miuute aux Affaires Étrangères, Autriche, Wt, /• 279.

Corrtipondancf de Chaltaabritad , T. IV. 25

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qui apprend ce qu'il a dû faire ; elle me donne du moins cette satisIacLion qui résulte des faits précis et de la netteté d'une position. Le prince dit donc que le 17 ïl a assemblé un consul de guerre; qu'il a été résolu d'attaquer la ville en suivant un plan régulier, lequel plan demande cinq jours de préparation ; qu'en conséquence il a envoyé un de ses aides de camp porter au roi la lettre dont on lui avait envoyé d'ici le modèle, en donnant cinq jours pour y répondre. Vous connaissez maintenant cette lettre. Elle servira à vous détromper sur la préfendue conspiration politique pour une charte a laquelle vous avez cm, avec tous ceux qui avaient intérêt à Madrid ft y croire ou 6 y faire croire. Vous auriez dû mieux me connattre. Les événements militaires et ta conduite particulière du prince ne dépendent pas de moi ; mais ce qui en dépend, ce sont les résultats et les capitulations politiques, car aucune concession pour la Bn de la guerre ne peut être accordée sans être ou offerte ou ratifiée par le roi, sur l'avis du conseil : or, tout ce qui serait au déshonneur de la France et constituerait l'abandon des principes qui ont fait la règle de ma vie politique n'aura jamais lieu tandis que j'aurai quelque part au gouvernement. Ou je me trompe étrangement, ou la lettre de Monseigneur est aussi noble que ferme et calme. Que propose-til, ou plutôt qu'insinuc-t-il ? car même il ne le propose pas. Une amnistie et les vieilles Cortès ; et cette amnistie et les vieilles Cortès ne peuvent être même accordées qu'après que le roi sera libre, sa liberté étant la première condition de la paix. Trouvez mieux, et pour le roi dont il faut la délivrance, et pour la nation qu'on ne peut garantir des fautes du roi qu'en la mettant à l'abri derrière ses vieilles institutions. Si le clergé, qui compose presque seul les vieilles Cortès, n'est pas satisfait, il faut convenir qu'il est diOicile i. satisfaire.

Mon rôle ici est fini ; je sors net et sans tache de l'événement, quel qu'il soit. Je ne me plaindrai point des soupçons, de l'alarme répandue autour de vous par ceux à qui vous avez parlé.

Mon caractère est ta constance ; je ne m'effraye ni me trouble

de rien; si la lettre ou l'attaque n'ont poiot réussi à Cadix, je ne croirai point tout perdu, et ce qu'on n'aura point fait en août on le fera plus tard, et je proposerai, coûte qui coûte, de ne jamais abandonner l'affaire d'Espagne. L'habitude des afTaires m'a appris que beaucoup de choses qu'on a cm perdues ne vont pas si mal qu'on l'aurait cru d'abord ; qu'il y a un certain bruit de parti qui assourdit lorsqu'on commence, et qu'un se tromperait agissant d'après ses premiers mouvemeuts.

Vous avez entendu les cris des royalistes espagnols, les ptaiotes de ces agents diplomatiques qui sont les ennemis de la France. Oit a cm, sur les rapports de ces hommes passionnés, que le prince avait commis plus d'erreurs qu'il n'en a commis. Une bête placée au Port Sainte-Marie fait présumer que tout le reste était ainsi : vous n'avez pas entendu les plaintes du parti opposé ; vous n'avez pas vu, comme nous ici, les réponses de tous les gouverneurs des places, qui disent tous qu'ils se rendraient, mais qu'ils ne le feront pas parce qu'en posant les armes ils seraient emprisonnés et massacrés par les ordres de la Régence. Vous n'avez pas vu les rapports sur les cruautés du curé Merino et des autres chefs royalistes, et conséquemment vous n'avez pas été à même de bien juger de l'effet que ces rapports, présentés peutêtre dans un esprit peu bienveillant, ont pu produire sur le généralissime ; une seule ordonnance fâcheuse a paru, selon moi, un trop grand contre-poids aux sacrifices de la France et aux vertus réelles du prince. On traite aujourd'hui facilement d'ineptes, d'incapables, de stupides, les gouvernements; mais peut-être en dernier résultat trouvera-t-on qu'un gouvernement qui a essayé de concilier les hommes, qui s'est opposé à toutes les mesures arbitraires, qui partout a arraché des victimes à la mort sans distinction de parti, et qui pourtant, tandis qu'on l'accusait de faiblesse, n'a consenti à aucune concession politique, peut-être trouvera-t-on que ce gouvernement a fait usage d'un assez heureux mélange de modération et de fermeté.

Quoi qu'il en soit, voilà ces longs bavardages finis. Si Ferdi-

Dand est rétabli sur son trône, vous rentrerez dans les voies d'une légation ordinaire ; ai l'atFaire de Cadix est manquée, je vous transmettrai les ordres du roi, et on prendra conseil des événements.

Je ne sais rien de l'ordonnance, sinon qu'on a donné du quartier général l'ordre de l'exécuter avec toute la prudence et toute la douceur possibles.

Chàteàubbiand.i

Au prince de Polignac.

Paris, ce 28 août 1823.

Rien de nouveau, noble Prince, mais nous sommes au moment d'une grande nouvelle. Monseigneur a envoyé la lettre au Roi d'Espagne, le 17, et il a donné cinq jours pour la réponse. C'est donc le 22 que cette réponse sera arrivée. Si elle est purement négative ou afîinnative, elle pourrait arriver par le télégrapbe demain 29; mais, si elle est évasive, le Duc d'Angouléme ne jugera pas qu'elle' soit matière à dépécbe télégraphique, alors elle nous arrivera par le courrier le 30 ou le 31. Voilà juste la position. La petite affaire d'Algésiras est assez bonne, en ce qu'elle est ime affaire de marine et qu'elle s'est passée sous les yeux des Anglais devant Gibraltar. Comptez sur une dépêche télégraphique, en cas de reddition de Cadix.

Tout à vous, noble Prince.

Chatkaubkiand. ^

fi4J 30 août [1823],

A Madame de GuBtine.

Vous ne voulez pas croire qu'il n'est pas question de pairs. Je vous donnerai pour Villèle tous les mots que vous voudrez ; mais je crois que vous choisissez mal votre temps.

A vous, à vous.

30 août. '

Au général Guillenûiot.

Paris, ce 31 août 1823.

J'ai reçu, général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écnre, en date du Port Sainte-Marie, le 21 de ce mois. Je m'attendais à la réponse né^tive du roi d'Espagne, ou plutôt de ses geôliers. J'ai toujours pensé qu'on ne céderait qu'aux boulets et aux bombes. Si vous pouvez joindre l'ennemi et arriver au corps de la place, la partie est gagnée ; mais comment joindre cet ennemi ? Je n'ai pas grande confiance au bombardement par mer, si vous n'avez pas pied à terre dans t'tle de Léon. Quand vous aurez pris le Trocadéro et le Matagorda, on assure qu'il vous sera aisé de faire taire le feu du Portales, sur la pointe, en face du Matagorda, et par suite d'opérer une descente sur ce point, de vous y loger avec .six mille hommes, et de séparer ainsi l'île de Léon de Cadix, qu'il serait facile alors d'écraser. On dit aussi qu'il serait facile d'opérer un débarquement dans l'Ele, du côté de la pleine mer. Ne pourriez-vous faire venir les canons trouvés à Algésiras? Tout ce que j'ai pu faire dans mon dépar-

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