Archives de la famille de Polignac
1953 5 septembre 1823.
Au comte de Serre.
Paris, 5 septembre 1823.
Je sens parfaitement, monsieur le comte, la gène où vous met la mesquinerie du gouvernement. J'ai des réclamations de tous les côtés. Vous ne ferexjamaiscomprendrelavéritéàla Chambre: elle croit de son devoir de refuser quelques mille francs pour ce qui augmenterait notre éclat à l'étranger, et elle votera des millions pour des dépenses au moins inutiles. Mézerai disait que « la France, ii une certaine époque de notre histoire, se gouvernait comme un grand fief >> ; elle se gouverne aujourd'hui comme une grande bourse. Je regarde les hommes relevant de mon ministère, et qui secondent si bien mes travaux, comme étant euxmêmes miniilres, et je ne réclame que l'honneur d'être leur camarade ; jugez si je souffre de oe pouvoir venir à leur secours.
Ce serait, je vous assure, d'un grand cœur que je changerais avec vous de position ; je vous laisserais les spectacles de la cour, et j'irais revoir les barques de pêcheurs que vous avez sous les yeux. Au cas qu'un succès d'affaires vienne augmenter la déplaisance que. l'on a naturellement de moi, et que l'on me renvoie, j'irai vous chercher sur votre beau rivage. Je cours après le soleil et la retraite comme la chatte devenue femme courait après les souris. Ce sont là mes misères, Monsieur; je vous les confie, cachez-les bien ; c'est mon secret diplomatique. Chemin faisant, tâchez, je vous prie, que votre roi se contente de Caserte et renonce à la régence d'Espagne. Un homme comme vous comprend tout, et vous m'excuserez.
Chateaubriand. '