Ambassadeur de France k Madrid
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une démarche qui a privé la France d'un ministre plein d'honneur, de vertu et de talent. Le Roi n'a pas voulu préciser le moment où vous pourriez être rappelé. 11 a pensé qu'un Souverain, son parent, pouvait avoir besoin d'un appui, que la position géographique de l'Espagne par rapport à la France exposant celle-ci à une insulte immédiate, il était bon d'agir avec quelque réserve ; mais d'un autre côté, la note est si menaçante et si explicite qu'il serait possible qu'elle amenât assez promptement votre rappel, dans le cas où vos nouvelles démarches n'obtiendraient aucun succès; de sorte que, si M. de Montmorency eût cru pouvoir attendre quelques semaines, il eût atteint le même but, sans se séparer de ses amis.
J'ai refusé, pendant quatre jours, le portefeuille des Affaires Étrangères, tant parce qu'il sortait des mains d'un homme que j'estime et honore, que parce que, dans le moment actuel, le fardeau de la chose publique me semble trop pesant pour moi. Je n'ai cédé que quand le Roi m'a envoyé chercher et m'a donné l'ordre de lui obéir.
Ainsi, Monsieur le Comte, ma nomination ne doit point faire supposer aux révolutionnaires de Madrid que je suis moins ennemi de leurs principes que mon digne prédécesseur. J'ai été d'avis, à Vérone, puisqu'on voulait prendre une mesure, qu'on retirât simplement de Madrid les ambassadeurs, sans autre déclaration verbale, étant grand ennemi àeces factums diplomatiques qu'on peut toujours réfuter et qui vous mettent aux prises avec tous les journalistes d'un parti.
Je vous invite donc, monsieur le Comte, à élever votre ton au lieu de l'abaisser. Ne souffrez aucune insulte ; réclamez hautement à la moindre parole attentatoire à la dignité du Roi et de la France. Si on veut revenir à vous, écoutez ; mais ne vous faites pas repousser en allant vous-même au devant de ces hommes qui prennent les conseils de la raison pour ceux de la faiblesse. Vous connaissez le procès-verbal de Vérone où sont statues les cas de guerre. Vous avez, en outre, des instructions
particulières qui prévoient les différents cas où vous devez, demander vos passe-ports. Soyez toujours prêt à partir, ces cas advenants. Faites bien entendre qu'une bienveillance partijsulière de notre Souverain envers l'Espagne peut seule vous faire rester à Madrid après le départ des ministres de Russie, d'Autriche et de Prusse ; mais que vous ne tarderez pas à les suivre, si l'Espagne n'a pas recours à vous comme à sa dernière espérance. 11 faut qu'on remarque dans votre air et vos paroles une fermeté qui annonce que la France ne se sépare point de l'alliance continentale, et qu'elle saura, comme vous l'indiquent les dernières dépêches, avoir recours à des moyens plus effîcaces, si ceux de la persuasion venaient à échouer.
Je viens d'écrire à M. Canning, qui est mon ami, une lettre particulière. Je tâche de lui faire sentir la nécessité d'engager Sir William A'Court à décourager même par ses propos les espérances révolutionaires, mais je ne me flatte pas que des intérêts d'un ordre général balancent des intérêts d'un ordre particulier. Je vous engage, Monsieur le Comte, à vivre en bonne intelligence avec le Ministre anglais, sans toutefois faire naître la pensée que nous voulions jamais nous séparer du système continental et sans qu'il croie que nous puissions jamais consentir à jouer le second rôle en Espagne derrière les agents britanniques.
Je sais, Monsieur le Comte, que votre tâche est pénible et que vous la remplirez avec autant de zèle que de courage. Je ne manquerai pas de mettre vos services sous les yeux du Hoi et de faire valoir tous vos titres k sa bieuveillauce. Le Roi connaît votre dévouement, votre habileté ; et je sais que dans des circonstances qui peuvent exiger l'un et l'autre, il ne pourrait pasêtre plus dignement représenté.
Agréez, Monsieur le Comte, les assurances de ma haute considération. '
i. Publiée iocompli'-teraent et incorrectement par le marquis de Gabrlat Chateaubriand el la guerre d'Eipaijne {Revue des Deux Monde» du i" novembre 1S97, p. 69). — Collatlonnâ sur ta minute aux Aftaires étrangères. Espagne, 731, f» 7.
*W 1" janvier 1823.
An vicomte de Harcellns. '
Paris, 1" janvier 1823.
(Expédiée par M. Bourqueney).
Monsieur le Vicomte,
Pour prévenir les fausses interprétations, auxquelles ma nomination au Ministère des Affaires étrangères pourrait donner lieu à Londres, je dois entrer avec vous dans quelques détails sur les motifs qui ont amené la démission de M. le duc de Moutmorency, et sur les circonstances de ma nomination.
Un projet de dépêche avait été fait à Vérone par M. de Montmorency pour être envoyé ft M. le comte de La Garde, conjointement avec celles que les Cours d'Autriche, de Prusse et de Russie adressaient à leurs légations. La lettre qu'on a substituée au premier projet, et qui est de M. de Villële, est beaucoup plus torte. Elle a été insérée au Moniteur, par une mesure un peu insolite en diplomatie, mais qui, chez la nation française, devait réussir ; et c'est ce qui est arrivé.
La raison pour laquelle M. de Montmorency a cru devoir <lonner sa démission, n'est donc point son improbatioo d'une note plus forte que la sienne, mais par ce qu'il désirait que le ministre plénipotentiaire de France se retirât de Madrid avec les légations de Russie, d'Autriche et de Prusse.
Je regrette vivement que M, de Montmorency ait précipité une démarche qui a privé la France d'un ministre plein d'honneur, de vertu et de calme.
Le Roi n'a pas voulu préciser le moment où M. le comte de La Garde pourrait être rappelé. Il a pensé qu'un Souverain, Son