II. IG
de parents en ce pays ici, et les jours se passent sans que j'aie un quart d'heure à moi. Après ce long préambule dont je crois n'avoir pas grand besoin avec vous, il faut entrer en matière.
Je suis fâchée que vous ne receviez ni mes lettres ni celles de madame de Montchevreuil qui sont très-fréquentes, car je suis persuadée que vous n'êtes pas indifférent à entendre parler de nous; du reste, je suis bien persuadée que vous êtes en grand repos, et toutes les peines domestiques n'approcheront point de celles que l'on a ici; voilà comme tout est mêlé. Après cette petite moralité, je vous dirai que, quoi que l'on fasse, mon mignon sera un ignorant, et que si on lui apprend quelque chose malgré lui, il Toubliera ou fera semblant de Tavoir oublié, quand il n'agira plus par la crainte. Cependant comme madame de Monlespan a d'autres vues, il faut aller son chemin; mais attachez -vous aux maximes de l'honneur, de la probité, du christianisme; voilà ce qui lui demeurera et qui est meilleur que le latin de Chevreau. Je suis ravie de tout ce que vous me mandez de M. de Court : c'est un trésor auprès de lui, et une grande consolation pour vous dans un lieu oii vous n'avez point de société, car je compte pour peu madame et même mademoiselle de Gaslelmoron à la description que vous m'en faites. Baignez le prince, sur ma parole, le plus souvent que vous pourrez, et finissez par la douche qui est si violente que toute la patience s'y épuise, ainsi il n'en reste plus pour rester dans le bain. C'est un mauvais parti de dire que si la douche ne fait pas
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son effet on en viendra au bain, puisque Ton perdroit bien du temps à cette épreuve, outre que les effets de Baréges ne paroissent que longtemps après et que pendant Tusage le prince s'en trouvera affoibli; cela étant, par où jugeroit-on si la douche lui fait du bien ? Il faut le laisser tremper dans l'eau le plus longtemps et le plus souvent que vous pourrez, et lui donner la douche quand il est près de sortir du bain. C'est là ce qu'on a toujours fait et le reste lui seroit moins utile, car pour sa descente elle est en aussi grand péril de paroître par les cris et la violence de la douche que par le relâchement que Ton craint du long séjour dans l'eau ; outre qu'il n'est pas impossible de faire tremper sa cuisse toute seule; cette longueur que je prêche rappelle les esprits à sa cuisse et la chaleur qui est nécessaire pour la nourriture, et par conséquent pour la force. J'en ai vu les effets, mais non pas sur l'heure.
Je ne suis point surprise de sa paresse pour écrire ; il est hors de ce train-là et il est tout d'habitude; quand il étoil entre mes mains, ces choses-là lui tenoient lieu d'étude : ainsi il s'y portoit avec moins de répugnance, mais ce ne sera pas des lettres qui le feront honnête homme; et quand je lui en faisois faire , la complaisance pour les gens y a eu plus de part que la conviction que cela lui fût trèsbon. Il est sûr qu^il écrira bien parlant comme il parle. Je suis ravie de ce que vous me mandez qu'il fait avec ses gardes; j'en ferai bien sa cour; voilà sa pente et il faut en profiler pour lui mettre en tête un métier qu'il faudra ({u'il fasse. Vous ne pouvez,
mon cher marquis, me parler trop de lui; vous savez l'inlérèt que j'y prends; il est encore redoublé pour celui que vous y avez. Je ne suis pas en peine sur vos soins; je vous exhorte seulement à pensera vous et à traiter votre bras avec application. Baignezvous tout à fait; Baréges ne peut jamais faire de mal et vous en reviendrez avec une vigueur de vingt-cin([ ans, mais, pour en profiter, il faut le prendre avec de certaines précautions.
Dites au vieux Lutin que j'ai tenu son fils avec Bontemps; c'est madame de Montespan qui Ta voulU;, et je ne lui ai obéi que par amitié pour Lutin, trouvant d'ailleurs quelque chose de ridicule de tenir les enfants des domestiques des princes et de madame de Montespan..
Je ne doute pas que vos gens n'aiment mieux les montagnes de loin que de près; faites provision de patience, et même d'opiniâtreté contre la rage qu'ils auront pour le retour, et croyez que si vous pouvez espérer quelque chose des remèdes, ce sera par leur long usage, en y mêlant des intervalles de repos. Baisez les mains de mon cher prince pour moi; que je sache s'il aura mangé l'omelette au lard de Grippes \ s'il a des fraises à sa collation, s'il se souvient de moi, et s'il se divertit autant qu'il a accoutumé dans ces voyages-là, car pour lui les lieux m'ont paru assez égaux, et il porte la joie partout. Il m'est revenu de
1 . Le vallon de Gripp ou Grippes mène de la vallée de Campan , où se trouve Bagnères, à la vallée de Baslan, où se trouve Baréges.
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Pons et (le Bordeaux qu'il avait paru plus spirituel que jamais et j'en ai été ravie.
Adieu, il n'y a de nouvelles que le retour de M. de Luxembourg ^ Madame de Montchevreuil vous écrit, je crois, tout ce que je pourrois vous dire. Je prends autant de soin d'elle qu'il m'est possible, mais moins que je ne voudrois; elle a quelquefois des vapeurs, et tous ses maux n'ont point d'autre cause que ses chagrins; ils ne sont que trop bien fondés, et c'est à vous et à moi à les adoucir le plus que nous pourrons. Adieu, mon cher marquis, vous savez comme je suis pour vous.