‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 130 sur 337 · Autographe communiqué par madame de Mornay · texte numérisé non relu

Autographe communiqué par madame de Mornay

A M. DE MONTCUEYREriL fi 68 P. 187

Les sueurs vous sont très-bonnes, et je vous réponds que vous vous en trouveriez très-bien, pourvu que vous les prissiez comme il faut; c'est-à-dire que vous vinssiez du bain vous mettre auJit sans souffrir le moindre air en passant. J'écris une grande lettre au prince. Je me suis avisée de deux nouvelles à la fin qui ne lui seroienl pas indifférentes, s'il pouvoit en être témoin.

Madame la Dauphine nous fait faire une vie assez mélancolique ; il y a aujourd'hui six semaines qu'elle est malade et dans un très -grand chagrin; elle ne souffre que Bessola et madame de Richelieu. Madame de Montchevreuil et moi ne paroissons pas en faveur ^ J'entends dire que Ton va donner une

1 . Madame de Caylus va nous en donner l'explication : « Madame de Ric'lielieu n'aima madame de Maintenon que dans la mauvaise fortune et dans le repos d'une vie oisive. La vue d'une faveur qu'elle croyoit mériter mieux qu'elle l'emporta sur le goût naturel, l'estime et la reconnoissance. La première place dans la confiance du roi parut à ses yeux un vol qu'elle ne put pardonner à son ancienne amie ; mais, désespérant d'y parvenir, elle se tourna du côté de madame la Dauphine, et par des craintes, des soupçons et mille fausses idées, elle contribua à l'éloignement que celte princesse eut pour le monde. Madame la Dauphine voyoit la nécessité d'être bien avec la favorite pour être bien avec le roi son beau-père ; mais la regardant en même temps comme une personne dangereuse dont il falloit se défier, elle se détermina à la retraite où elle étoit naturellement portée, et ne découvrit qu'après la mort de madame de Kithelieu, dans un éclaircissement qu'elle eut avec madame de Maintenon, la fausseté des choses qu'on lui avoit dites. 0

Bessola était une femme de chambre de la Dauphine, que celle-ci avait amenée avec elle en France et qui fit, sans le vouloir, beaucoup de mal à sa maîtresse. Elle fut cause que celle princesse ne s'accoutuma jamais à son nouveau pays, vécut dans la retraite et mourut de chagrin.

188 CORRESPONDANCE GÉxNÉRALE.

gouvernante aux princesses , et que mesdames de Montespan et de Thianges ont de la peine à vivre ensemble; les disputes sont fréquentes. Madame de Montespan est grossie d'un pied depuis que vous l'avez vue; elle est étonnante. Vous Savez sans doute la mort de madame de Fontanges'; elle laisse pour cent mille francs de dettes par delà ses meubles et ses pierreries; le roi a pris tous les effets et payera toutes les dettes. On espère aller bientôt à Fontainebleau; le roi en a envie et madame la Daupbine n'a que de très-petits accès qui font espérer qu'ils finiront bientôt. Mademoiselle de Laval est revenue plus noire qu'elle n'ctoit. La princesse de Conti embellit tous les jours*. Adieu, mon cber marquis, je suis toujours la même pour vous.

1. Elle mourut le 28 juin. — La Beauinelle, à propos de ceUe mort, a inséré dans l'édition de Nancy une prétendue lettre de Louis XIV à niadauje de Mainttnon, qu'il n'a pas reproduite dans les autres éditions, tant la fausseté en est évidente :

« Oui. madame, j'ai plus aimé Fontan^res que Dieu même; je reconnois ma faute; je vous remercie de vos sages conseils; je les ai relus trois fois. Louvois vous dira mes résolutions; prenez une entière confiance en lui. l'romettez à la reine que désormais je m'occuperai davantage des atîaires et moins de mes plaisirs. Adieu, ma chère madame de Maintenon. »

2. « Elle étoit belle, dit madame de Caylus, comme madame de Fontanges, agréable comme sa mère, avec la taille et l'air du roi son père. »

A M. d'aubigné (1681). i89

Page 1