‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 132 sur 337 · Auto(jraphe du cabinet de M. Feuillet de Conclies · texte numérisé non relu

Auto(jraphe du cabinet de M. Feuillet de Conclies

monde : M. et madame de Montchevreuil y sont, madame de Lencosme, mademoiselle de Mongeron, M. de Fontenay et M. de Lalaigne à qui j'ai voulu faire voir Maintenon. Il m'en paroît assez content, et j'espère que, malgré la disposition que vous avez à le dénigrer, vous n'en serez pas mal satisfait. Si vous continuez dans la résolution de venir passer Tliiver à Paris, je viendrai ici au-devant de vous vers la Toussaint qui est, ce me semble, à peu près le temps que vous devez vous mettre en chemin; car le voyage est long pour le faire plus tard. Si ce rendez-vous ne vous déplaît pas, prenons nos mesures; nous sommes tous deux ponctuels: et je suis assurée que nous serons justes à l'heure dont nous conviendrons.

Je ne manque pas d'occasions pour parler à M. Colhert ; mais il trouve ce que vous demandez aussi difficile que je le trouve raisonnable; ainsi je retournerai encore à la charge. Je crois que votre revenu va bien à ce que vous dites, et si vous vivez avec règle, vous en avez suffisamment. Comme vous m'avez laissé le choix du quartier, j'aurois quelque envie que ce fût vers celui de la rue Saint-Honoré; c'est-à-dire ou vers le Palais-Royal ou la porte de Richelieu ou la rue Saint-Honoré ; votre femme seroit un peu plus dépaysée de ses parents qui vous accableront. Vous irez aux opéras commodément, qui est presque votre seul plaisir; et quand j'irai à Paris, je ne perdrai point deux heures qu'il me faut pour aller et revenir de la rue Saint-Honoré au Marais. Si, après cela, vous n'en êtes pas d'avis, comptez que je ne m'en soucie point, et que je serai ravie

A M. d'aubigné (1681). iM

que vous ne vous contraigniez point. Je compte y meubler un appartement avec mon meuble de velours et que vous vous en servirez tant qu'il vous plaira.

Ne vous inquiétez point sur madame d'Aubigné; il faut la mettre sur un bon pied, et vivre d'abord trés-obscurément; faire dire souvent que vous n'y êtes pas; qu'elle travaille, qu'elle aille voir ses parents plutôt que de les recevoir chez elle. Madame de la Barre est une honnête femme qui peut la mener faire des visites de leurs proches, et à des dévotions. Il faut qu'une fois la semaine elle y aille le matin; qu'elle y passe la journée et en revienne le soir. Madame deMontchevreuil l'amènera aussi quelquefois où je lui dirai, vous la mènerez à quelque opéra ou comédie; voilà assez de plaisirs pour une jeune femme; et le reste du temps, elle peut garder sa maison ; elle y sera seule dans les commencements, et après avoir évité la foule de ceux qui iroient pour me faire plaisir, elle y verra deux ou trois honnêtes femmes que nous lui marquerons. On fait à Paris la vie que l'on veut et la conséquence est de bien enfourner. Mettez-vous sur le pied de ne pas donner un verre d'eau chez vous; et dans la suite vous enverrez prier un jour un parent de votre femme par honnêteté, un autre jour un de vos amis; et de cette façon, vous n'en serez jamais importuné, puisque vous ne les aurez que le jour que vous serez en humeur de les avoir. Si vous voulez me laisser conduire votre femme, elle aura le procédé d'une honnête personne. Si elle est paresseuse, et mal-

saine, du moins profilez de ces inconvénients^; et qu'elle ne coure pas les rues depuis le malin jusqu'au soir. Pour son incivililé, nous l'en traiterons, et je la verrai quelquefois. Je relis votre lettre et j'approuve fort le dessein que vous avez de ne pas exposer votre femme à beaucoup de visites^, cela dépendra de vous, en faisant d'abord ce que je vous mande. Je suis ravie de la règle et de la religion qui est dans votre maison. Songez à votre salut et à vous réjouir, mon cber frère; jouissez de l'état où vous êtes, qui est fort différent de celui où vous étiez; ne vous cachez point de moi, et croyez que plus vous y aurez de confiance, et plus vous trouverez de secours, de complaisances, de consolation. Je vous embrasse tous deux, vivez en paix et Dieu vous bénira.

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