LETTRE CCLXXIX
A MADAME DE BRIXON^.
Ce 7 avril 16s-2.
Votre messager m"a fait peur que la fièvre n'eût repris à votre joufflue ; vous m'avez inspiré de la tendresse pour elle.
Je ne suis point surprise du soin de M. le duc de Richelieu et de toutes ses honnêtetés.
Vous aurez demain du linge à faire; ce n'est que manque de voiture si vous ne l'avez pas eu plus tôt.
Madame de Saint-Pierre recevra aujourd'hui une douzième fille pour la charité. Je ne suis point surprise de leur dissipation, et plus elle durera, plus vous aurez de la peine à les remettre à l'ouvrage. Je n'aurois pas grande envie de les mettre à la dentelle, dans la vue que j'ai d'élahlir une manufacture de toile à Mainlenon; et ce seroil les faire changer souvent d'ouvrage. Il faudroit faire encore une tentative pour voir si on ne peut avoir quelque lingère de
1 Manuscrits de undcinoiscllc d'Aiimalc.
Paris qui voulut nous fournir de quoi travailler. Si nous n'en trouvons point, j'aime mieux qu'elles fassent de la dentelle que de ne rien faire; mais comptez que celles de Montchevreuil ne réussissent point, et que j'en ai fait faire dont il m'a été impossible de me servir. Mais pour essayer de tout et ne nous reprocher rien, et plus que tout cela pour les occuper, mettez-en quatre à la dentelle, quatre qui demeureront pour coudre, et quatre que je vous prie de faire faire des bas cet hiver; car pour traîner dans le logis, je n'y ai jamais consenti que par complaisance, et c'est ce qui leur est le plus mauvais par des raisons que je vous aurois dites si dans ce moment on ne m'interrompoit.
Si on obtient la dispense dont vous me parlez, ce sont des affaires de vingt mille livres; mais je neveux jamais rien demander. Adieu.