Autographe du G&inet de M. Feuillet de Conchea
A M. l'abbé gobelin (1683). 321
f^nac, et que vous y ajoutassiez ce que vous désireriez pour votre satisfaction, et si vous faites garder la chasse par droit, ou pour votre plaisir. Vous croyez bien que je suis fort aise de la grossesse de madame d'Aubigné; les femmes en savent plus là-dessus que les médecins, et le moins de farons qu elle pourra y faire sera le meilleur. Il faut s'habiller bien large pour qu'un enfant se place à son aise; il faut manger de bonnes choses pour qu'il se porte bien, et, si on a des fantaisies, les contenter, mais avec le plus de modération que Ton peut.
J"ai ordonné à Lafrance de vous écrire souvent; il m'en a paru transporté de joie ; c'est un garçon qui fera quelque chose.
Adieu, mon très-cher frère ; je voudrois bien vous savoir heureux, car je vous aime plus que ma sécheresse ne me permet de vous le dire.
LETTRE GGCXXXII
NOTE PRÉLIMI^ÎAIRE
Voici la seule lettre à l'abbé Gobelin, que nous ayons trouvée pour le séjour de Fontainebleau après la mort de la reine. Il est probable qu'il y en eut d'autres qui auront été détruites. D'ailleurs l'abbé Gobelin fit plusieurs visites à madame de Maintenon, et il fut témoin et troublé lui-même des agitations de cette dame ainsi que de celles de madame de Montchevreuil. Cette lettre concorde parfaitement avec les récits de mademoiselle d'Aumale et de madame de Gaylus : elle témoigne que le calme revint quand le mariage fut résolu. Je suis dans une paix dont je prefidrois plus de plaisir à
VOUS entretenir que des troubles que nom xom communiquâmes. Enfin cette lettre se termine par cet élan d'effusion qui est rare dans la correspondance de madame de Maintenon, et qui exprime si bien l'état de son âme : Tai grand besoin de forces pour faire un bon usage de mon bon heur.
A M. L'.VBBÉ GOBELINi.
A Fontainebleau, ce 20 septembre 16S3.
Ne vous alarmez jamais de mes maux, je vous en prie; j'ai assez de confiance dans votre amitié pour vous faire savoir si j'en avois de considérables, et on fait souvent du Lruit de peu de choses, parce que je suis sur le théâtre. J'ai eu des vapeurs, et tout ce que j'ai souiïert depuis quelque temps a un peu troublé ma santé; outre que je ne me porte jamais si bien à Fontainebleau qu'ailleurs. Toutes ces raisons me font souffrir de petites incommodités qu'une personne plus courageuse que moi ne compteroit pas. Je vous suis très-obligée de votre inquiétude, mais je n'aime point à vous donner de la peine, et je m'accommoderois mieux de toute autre marque de votre amitié. J'ai grand regret à la dernière visite que vous m'avez laite. Ce temps-là fut mal employé,, et vous fit sentir une partie de mes agitations; elles sont finies du moins dans les apparences, et je suis dans une paix dont je prendrois plus de plaisir à vous entretenir que des troubles que nous vous communiquâmes. On dit que nous ne serons plus ici que trois semaines; mais on ne sait encore si nous irons à