Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conches
A M. d'aubigné (1683). 323
une modération admirables, et tout le monde est ravi de le voir où il est; Dieu veuille qu'il en use bien !
M. Brunetme demanda hier s"il étoit possible que je consentisse que vous mangeassiez votre bien ; je lui dis que je vous l'avois mandé et que je vous aimois mieux que vos enfants; il doit vous envoyer dix-huit mille francs dans le mois d'octobre. Réjouissez-vous, mon cher frère, mais innocemment; songez à l'autre vie et préparons- nous à y passer avec le plus de confiance que nous pourrons. Faites de honnes œuvres; mais songez qu'il faut remplir ses devoirs, et que le vôtre est d'aimer et de supporter en tout la femme que Dieu vous a donnée. Lisez saint Paul, il vous dira que les forts doivent supporter les foibles; et que vous n'êtes qu'un, votre femme et vous; enfin vous lui devez de l'amitié, de la complaisance et beaucoup de patience. J'ai bien envie que vous soyez heureux en ce monde ici et en l'autre, et vous pouvez compter que je ferai tout mon possible pour y contribuer, vous aimant plus que je ne vous le montre.
Je crois que la reine a demandé à Dieu la conversion de toute la cour; celle du roi est admirable \ et les dames qui en paroissoient les plus éloignées ne partent plus des églises. Madame de Montchevreuil, mesdames de Chevreuse et de Beauvilliers, la princesse d'Harcourt, et en un mot, toutes nos dévotes n'y sont pas plus souvent que mesdames de Montespan, de Thianges, la comtesse de Gramont, la du-
1. On voit que madame de Mainlenon était arrivée à son but II. 28
316 CORBESrOXDANCE GE>-ERALE.
chesse du Lude el madame de Sonbiee ; les simples dimanches sont comme autrefois les jours de Pâques.
Mandez-moi si vous ^vez des livres et si vous n'en voudriez pas quelques-uns.
M. de Louvois expédie un peu plus que ne faisoit M. Dormois : Versailles, qui n'auroit pas été prêt à Xoël, le sera à la fin de ce mois. Madame la Dauphine part d'ici le 6 octobre et va en trois jours; et je demeure ici pour m'en aller le 7 avec le roi, Madame, Monseigneur et la princesse de Conti^
La maréchale de Rochefort est dangereusement malade.
Adieu, je vous embrasse de tout mon coeur; écrivez souvent, j'y répondrai quand je pourrai.
LETTRE GCCXXXV
A MADAI^IE DE BRCsON «.
Fontainebleau, ce 2 octobre 1683.
Ne soyez point en peine de moi, je vous en prie : je n ai que les petits maux que vous me connoissez ; mais quand on est sur le théâtre, tout est su et exagéré. Croyez que si j'avois quelque chose de considérable, vous en seriez avertie.
Je suis bien aise que M. Bontemps n'abandonne pas notre pauvre suisse, qui m'a toujours paru un
1, Madame de Maintenon n'est pas encore mariée, et elle ne marche plus qu'avec le roi et sa famille. Quoique dame d'alour de la Dauphine, elle n'accompagne plus celte princesse.