LETTRE III
A MADAME DE BRIXOXi.
Janvier 16S4.
Je suis ravie de la joie que vous avez de venir à Noisy, et celle de madame de Saint-Pierre m'a paru telle que vous me la représentez. Si elle y peut joindre la complaisance de n'avoir point de ménage et de se renfermer aux enfants et à moi, nous ferons
1 , Mamiscrils de mademoiselle d'Aitmale.
330 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE. ^m
des merveilles, et vos servantes, n'étant chargées que raisonnablement, vous en serviront mieux. On me presse de décider ce que je veux de jardin, je ne puis répondre sans vous, ainsi il faudra que vous veniez encore une fois à Noisy avec votre jardinier, pour qu'il voie ce qu'il peut entreprendre.
Je compterois que le jardinier qui y est demeurât aux gages du roi, chargé du reste des jardiniers ; qu'il eût des vaches, des cochons, des poules, et que vous eussiez un marché fait pour tout, le lait, les œufs, les poulets, et en un mot tout ce que vous voudriez; car ce n'est pas l'épargne que je cherche, c'est la perte du temps que je veux éviter, et établir une règle qui ne fut jamais interrompue.
Je voudrois que vous eussiez quelques petites filles de condition, afin que vos merveilleux talents ne fussent pas tous renfermés à des gueuses. Voyez ce que vous pourrez là-dessus, car de l'autre côté il faut éviter les visites et les importunités qui nous viendroient de leurs parents.
Je compte sur vos grilles, bancs et cloisons, car je veux que nous accommodions le dedans à notre fantaisie.
Je serois très-fâchée d'avoir contristé nos saintes, mais il faut leur faire voir qu'il ne faut me compter pour rien quand j'arrive chez vous.
Tous faites très-bien de dire un adieu éternel à vos amis, cela n'empêchera pas que vous ne voyiez quelquefois ce que vous aurez envie de voir ; mais ce sera vous qui les en prierez, vous ne serez jamais surprise; et ils vous seront aussi obligés de les en-
A MADAME DE BRINON 'J 684\ 3o l
voyer clierchor qu'ils ï^iit sraudcilisés quand vous les refusez.
Je vous cunjure que nos sœurs ue manquent jamais de potage. Andrée n'a pas trop d'affaires, et si elle veut demeurer avec nous, elle n'a qu'à bien faire, car nous y regarderons de près à Xuisy. Adieu, madame, je me porte foi t Lien et je voudrois être au mercredi des cendres.