LETTRE X
KOTE PRELIMINAIRE
Pendant que madame de Maintenon ne paraît occupée que de son frère, de l'accoucliement de madame d'Aubigné et de choses vulgaires, la grande affaire de sa vie était arrivée à soji dénoùment. En même temps Louis XIV continuait le règlement des places de la frontière (voir l'ouvrage : les Frontières de la France^ p. 70), au moyen de ses fameuses chambres de réunion, et au mois de mai 1684 il résolut de s'emparer de Luxembourg. Il ordonna au maréchal de Créquy d'assiéger la place, et pour empêcher que le prince d'Orange n'essayât de la secourir, il se porta lui-même sur l'Escaut avec 40,000 hommes. Il avait amené, suivant sa coutume, une partie de sa cour, madame la Dauphine, la princesse de Conti, madame de Maintenon, etc. Il laissa les dames d'abord à Condé, puis à Valenciennes, et alla, à diverses reprises, visiter ses troupes qui étaient établies entre Condé et Mariembour2,
A M. d'aubignk ;1684). 361
A M. DAUBIGNÉ, A COKiNAC i.
A fondé, ce 5 mai 16S4.
Je n'ai appris l'accouchemenl de ma belle-sœur que par madame la comtesse de Miossens: et il v avoit quinze jours que je le savois quand j'ai le^u votre lettre. Je sens déjà quelque chose de fort tendre pour ma nièce et je vous prie qu'elle ne demeure pas unique, afin que je puisse l'avoir quand quelqu'autre pourra vous amuser. On dit que vous en êtes assez occupé et que vous allez plus d'une fois par jour dans sa chambre; c'est très-bien fait; ne la tuez pas par vous en trop jouer; laissez-la dormir et dans son berceau le plus qu'il se pourra; prenez garde à ses yeux et qu'il ne lui arrive point d'accident dans la figure. PourmoiJ'ainierois mieux qu'elle mourût que d'avoir quelque difformité. On me mande qu'elle est bien faite; il faut la tenir le moins que l'on pourra; les enfants ne sont jamais si droits ni si bien que dans leur berceau surtout dans les premiers trois mois qu'ils ne se jouent pas encore. Le seul soin d'elle présentement est celui de sa nourrice qu'il faut bien traiter et laisser un peu vivre à sa mode et avec liberté.
Je ne me tire pas si bien de ce voyage ici que des autres. J'ai eu l'honneur d'être dans le carrosse du roi^, et cela est toujours accompagné de quelque con-