‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 111 sur 418 · Manuscrits des Dames de Saint-Cyr · texte numérisé non relu

Manuscrits des Dames de Saint-Cyr

protestations, et si les personnes solides ne doivent pas être au- dessus des formalités.

Il ne faut pas finir ma lettre sans vous parler du roi. Il a la goutte, dont il est bien fâché, parce qu'il est obligé de garder la chambre. Il veut la paix, et pense sur tout comme on le peut désirer; vous en seriez bien contente. Je vous aime toujours, priez Dieu pour moi, et faites prier que je me sauve malgré le mauvais air que je respire. Madame de Montchevreuil ne vous écrit-elle pas ? Elle se sanctifie de plus en plus. Nous avons peu gardé ici le roi et la reine d'Angleterre * ; Dieu n'a pas voulu leur laisser ce soulagement, il les traite en âmes fortes. Adieu, je ne puis vous quitter quand j'ai commencé.

LETTRE CDXXXVI

NOTE PRÉLUUNAIRE

Les deux lettres suivantes sont adressées à M. de Dangeau.

Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, né en 1638, mort en 1 12% est Tauteur du précieux Journal publié par MM. Soulié et Dussieux, et que nous citons si souvent. (Voir la notice sur Dangeau qui se trouve à la tète de ce Journal.) Nous avons vu que le marquis de Dangeau avait été nommé chevalier d'honneur de la princesse de Savoie; il était parti le 17 octobre avec les dames pour Pont-de-Beauvoisin, d'où il devait ramener en France. Le comte de Brionne, de la maison de Lorraine, était chargé de la recevoir au nom du roi.

1. Ils séjournèrent à Fontainebleau du 10 au 26. Vofr le /ournal de Dangeau, t. VI.

124 CORBESFONDANGE GÉNÉRALE.

(( Le cortège arriva le 15 octobre à Pont-de-Beauvoisin, et le 16 se fit la réception de la princesse. A peine eut-on su des nouvelles de son arrivée qu'on se mit en marche : les gardes du roi se portèrent jusqu'à la voie du milieu du pont, en deçà, le carrosse du roi justement sur le milieu, la tête des chevaux tournée du côté de la France. M. le comte de Brionne, avec toutes les dames, avança aussi jusques à la moitié du pont. Madame la princesse de Savoie, après avoir reçu les adieux de toutes les dames et de tous les officiers qui composaient sa cour, partit dans sa chaise, accompagnée des gardes et des Suisses de M. de Savoie et de beaucoup de nobles. Lorsqu'elle arriva au milieu du pont, le page qui portoit sa robe la quitta, et un page du roi la prit. Ses écuyers lui quittèrent la main, et M. de Brionne, à la tète des dames et de la maison du roi, la salua et lui fit son compliment, en ayant été chargé par le roi. Il appela ensuite M. le marquis de Dangeau, et ensuite maldame la duchesse du Lude et les dames du palais. Toutes ces cérémonies étant achevées, M. le comte de Brionne lui donna la main et la mit dans le carrosse du roi où toutes les dames eurent l'honneur d'entrer. Toute la cour de Savoie fondoit en larnoes. Cette princesse arriva au logis qui lui avoit été préparé au milieu d'un peuple infini... Elle y entra d'un air qui ne parut pas embarrassé. On lui présenta tous les officiers de la maison du roi; elle les reçut avec une grâce infinie, et leur parut dans tous ses discours et dans toutes ses manières beaucoup au-dessus de son âge. Elle est très-bien faite et des plus agréables. Elle a beaucoup de noblesse dans la physionomie, le teint beau et de très-belles couleurs, quoique naturelles. Elle a les yeux parfaitement beaux. Cette princesse joint à mille agréments des manières prévenantes et une vivacité d'esprit qui surprend, etc. » (Mercure d'octobre 1696).

Madame de Maintenon était fort amie de madame de Dangeau, et elle écrivit souvent au marquis pendant son voyage pour avoir des nouvelles de la princesse de Savoie.

Ce 21 octobre 1696.

Vous donnez d'agréables idées de la princesse, et nous avons une grande impatience de la voir. Vous savez, monsieur, faire toutes sortes de personnages : Tépée de diamants et le colin-maillard en sont des preuves. Madame de Dangeau m'en paroît fort touchée, et elle a raison. Nos lettres ne peuvent être ni si longues, ni si bonnes que les vôtres, car nous n'avons qu'à attendre le mieux que nous pourrons la fin de votre voyage, que nous trouvons fort éloignée. Je ne crois pas avoir besoin de me servir de cette occasion pour vous assurer de l'estime et de la considération que j'ai pour vous, et je me flatte que vous n'en doutez pas.

LETTRE CDXXXVII

Ce 26 octobre 1696.

Il est^vrai, monsieur, qu'on est ravi d'entendre parler de la princesse, et que tout ce qui revient de votre petite* cour nous donne une grande impatience de la voir unie à la nôtre. Si la princesse ne se dément point, nous serons trop heureux d'avoir à former un si beau et si bon naturel. Je suis ravie de savoir qu'elle est enfant, parce qu'il me semble que

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