‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 162 sur 418 · L'ÉVÊQUE DE CHARTRES AU ROI · texte numérisé non relu

L'ÉVÊQUE DE CHARTRES AU ROI

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Après avoir remercié Dieu de la paix qu'il nous a enfin donnée par les soins de Votre Majesté, il est IV. n

i94 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE.

juste que nous la remerciions elle-tnéme de tout ce qu'elle veut bien sacrifier à notre repos. Les bontés qu'elle a pour moi me flattent qu'elle ne trouvera pas mauvais que je prenne cette liberté.

Dieu, enfin, Sire, a exaucé votre foi; il vous a délivré parce que vous avez eu confiance en lui ; il vous a protégé parce que vous avez connu son nom, selon la parole du prophète ; il a été touché de la droiture de vos intentions et de votre grand zèle pour la religion^ Il veut que ce soit vous qui rendiez le calme à l'Europe agitée, après vous avoir miraculeusement soutenu contre les efforts de tous les princes réunis.

Quelles actions de grâces ne devons-nous pas à Dieu, Sire, des biens qu'il répand sur nous par votre sagesse, par votre générosité, et en récompense de votre foi !

Les évéques sont les pères spirituels des peuples, ils ont droit de répandre leurs cœurs aux pieds de Votre Majesté. Agréez donc, Sire, que, pour le diocèse que vous m'avez confié, je vous marque notre profonde reconnoissance. Tous vos peuples sentent les obligations qu'ils vous ont dans cette paix si désirée ; de tous côtés ils élèvent leurs mains au ciel pour demander la Conservation de votre sacrée personne.

C'est à nous à faire un saint usage du bien que nous devons à votre amour pour nous; mais, tandis que nous faisons des vœux pour obtenir les grâces nécessaires à Votre Majesté, c'est à elle à remplir tous les desseins de Dieu sur elle.

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La paii va voas foumir, Sire, les moyens d*aflermir la religion catholique et de rétablir partout les lois en remédiant aux maux que la guerre a introduits. Vous aurez à présent la facilita de soulager votre peuple de Taccablement où il est; vous anroK pitié de tant d'âmes exposées aux injustices, à Tinsensibilité, à Toubli du salut, au désespoir que la grande misère traîne après elle.

. Vous avez. Sire, besoin d'une nouvelle sagesse et de la force d'en haut, non-seulement pour réparer les désordres de la calamité d'où nous sortons, mais encore pour bien user de la grande prospérité où vous entrez. David se conserva pur et innocent, tant qu'il fit la guerre aux ennemis du peuple de Dieu ; il se perdit dans l'oisiveté. Samson fut invincible tant qu'il combattit contre les Philistins; sa force labandonna dès qu'il cessa de combattre et de vaincre. Et Salomon, le plus sage des rois tant qu'il bâtit le temple du Seigneur, fut la proie des passions dès qu'il eut achevé son ouvrage.

La grande place que vous occupez. Sire, seroit un piège pour vous dans la guerre et dans la paix, comme elle l'a été pour tant de vos prédécesseurs, si Dieu n'avoit rempli votre cœur d'une crainte sa-» Intaire, d'une grande horreur du mal, d'un grand zèle pour l'Église, et d'un amour sincère pour votre peuple. Chargés de tout, les rois répondent à Dieu des injustices de la guerre et des vices de la paix; et les ennemis de l'État ne sont pas les plus dangereux.

Vos œuvres. Sire, décideront de votre sort dans l'éternité; remplissez de vertus vos jours comme

saint Louis, elles suppléeront aux austérités de la pénitence incompatibles avec votre état. Votre Majesté remettra peu à peu aisément le bon ordre partout; elle rendp justice à tout le monde; elle avancera en tous lieux la gloire de ce grand Dieu qui s'est si hautement déclaré en sa faveur; c'est dans la paix que Ton sème les doux fruits de la justice chrétienne.

Il est visible, Sire, que Dieu veut vous sauver. Malheur aux princes enlevés dans une jeunesse livrée aux grandes passions! ils vont remplir une des plus tristes places de la réprobation étemelle. Le salut des rois est d'être réservés à un âge plus mûr, après avoir été affranchis de Tidolâtrie de la volupté, surtout quand Dieu leur inspire de l'humilité, de la religion, de la crainte de ses jugements ; et qu'après les avoir exercés par différentes contradictions, il leur donne un bon conseil et des personnes fidèles et pieuses pour les soutenir.

C'est ce que Dieu a fait pour vous. Sire. Yous avez une excellente compagne, pleine de l'esprit de Dieu et de discernement, et dont la tendresse^ la sensibilité pour vous sont sans égaies. Il a plu à Dieu que je connusse le fond de son cœur. Je serois bien sa caution, Sire, qu'on ne peut vous aimer plus tendrement^ ni plus respectueusement qu'elle yous aime. Elle ne vous trompera jamais, si elle n'est ellemême trompée. Dans tout ce que j'ai eu l'honneur de traiter avec elle, je ne l'ai jamais vu prendre un mauvais parti; elle est comme Votre Majesté, quand on lui expose bien le fait, elle choisit toujours im-

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