Fille du maréchal d'Estréei. Ce mariage ne se fit pas
principalement Saint-Simon , ont raconté les splendeurs et les magnificences.
On sait que ce camp avait pour objet d'initier le duc de Bourgogne, alors âgé de seize ans , au métier de la guerre, et que, pendant trois semaines, 60,000 hommes, dont on lui donna le commandement, firent le simulacre de différentes manœuvres : campements, marches, fourrages, exercices, convois, môme un siège et une bataille. Il avait aussi pour objet de montrer à TËurope, après une guerre où Ton avait cru la France réduite aux abois, ce qu'était ce pays inépuisable, toujours jeune, toujours dispos, avec son roi magnifique et sa belle armée.
Ajoutons, si nous pouvons nous fier au récit de Saint- Simon, que Louis XIV, dans ce camp de Compiègne, aurait eu pour pensée secrète de déclarer au grand jour, devant son armée, sa cour, et presque toute l'Europe, que madame de Maintenon était l'épouse du roi de France.
Voici le tableau admirable, mais malheureusement douteux, où Saint-Simon, avec sa verve passionnée, s'efforce de flétrir les hommages publics que Louis XIV aurait rendus à la compagne de sa vie.
« Le roi voulant montrer des images de tout ce qui se fait à la guerre, on fit le siège de Compiègne dans les formes, mais fort abrégées; lignes, tranchées, batteries, sapes, etc. Grénan défendoit la place. Un ancien rempart tournoit du côté de la campagne autour du château; il étoit de plein pied à l'appartement du roi^ et par conséquent élevé, et dominoit toute la campagne. Il y a voit au pied une vieille muraille et un moulin à vent, un peu au delà de l'appartement du roi, sur le rempart qui n'avoit ni banquet ni mur d'appui. Le samedi 13 septembre fut destiné à l'assaut; le roi, suivi de toutes les dames, et par le plvs beau temps du monde, alla sur ce rempart; force courtisans et tout ce qu'il y avoit d'étrangers considérables. De là on découvroit toute la plaine et la disposition de toutes les troupes. J'étoisdans le demicercle fort près du roi, à trois pas au plus, et personne devant moi. G'étoit le plus beau coup d'œil qu'on puisse ima-
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giner, que toute cette armée et ce nombre prodigieux de curieux de toutes conditions, à cheval et à pied, à distance des troupes pour ne les point embarrasser, et ce jeu des attaquants et des défendants à découvert, parce que, n'y ayant de sérieux que la montre, il n'y avoit de précautions à prendre pour les uns et pour les autres que la justesse des mouvements. Mais un spectacle d'une autre sorte, que je peindrois dans quarante ans comme aujourd'hui, tant il me frappa, fut celui que, du haut de ce rempart, le roi donna à toute son armée et à cette innombrable foule d'assistants de tous états, tant dans la plaine que sur le rempart même.
c Madame de Maintenon y étoît en face de la plaine et des troupes dans sa chaise à porteurs, entre ses trois glaces et ses porteurs retirés. Sur le bâton de devant, à gauche, étoit assise madame la duchesse de Bourgogne ; du même côté, en arrière et en demi-cercle, debout madame la duchesse, madame la princesse de Gonti et toutes les dames, et derrière elles des hommes. A la glace droite de la chaise, le roi debout, et en arrière un demi-cercle de ce qu'il y avoit en hommes de plus distingué. Le roi étoit presque toujours découvert, et à tous moments se baissoit dans la glace pour parler à madame de Maintenon, pour lui expliquer tout ce qu'elle voyoit et les raisons de chaque chose. A chaque fois elle avoit l'honnêteté d'ouvrir sa glace de quatre ou cinq doigts, jamais de la moitié, car j'y pris garde, et j'avoue que je fus plus attentif à ce spectacle qu'à celui des troupes.
a Quelquefois elle ouvroit pour quelques questions au roi, mais presque toujours c'étoit lui qui, sans attendre qu'elle ' lui parlât, se baissoit tout à fait pour l'instruire, et quelquefois qu'elle n'y prenoit pas garde, il frappoit contre la glace pour la faire ouvrir. Jamais il ne parla qu'à elle, hors pour donner des ordres en peu de mots et rarement, et quelques réponses à madame la duchesse de Bourgogne, qui tâchoit de se faire parler, et à qui madame de Maintenon montroit et parloit par signes de temps en temps, sans ouvrir la glace de devant, à travers laquelle la jeune princesse lui crioit quelques mots. J'examinois fort les contenances; toutes mar-
quoient une surprise houteusô) limide, dérobée , et tout ce qui ëtoit derrière la chaise et les demi-cercles avoit plus les yeux sur elle que sur l'armée, et tous dans un respect de crainte et d'embarras. Le roi mit souvent son bhapeau sur le haut de la chaise pour parler dedans, et cet exercice continuel lui devoit fort lasser les reins. Monseigneur ëtoit à cheval dans la plaine avec les princes ses cadets, e( monseigneur le duc de Bourgogne, comme à tous les autres mouvements de l'armée, avec le marquis de BouiHers^ en fonctions de général. G'étoit sur les cinq heures de l'après-dinëe, par le plus beau temps du monde et le plus à souhait,
a ».».. Vers le moment de la capitulation, madame de Maintenon apparemment demanda permission de s'en aller. Le roi cria : « Les porteurs de madame 1 » Us vinrent et l'emportèrent; moins d'un quart d'heure après le roi se retira, suivi de madame la duchesse de Bourgogne et de presque tout ce qui étoit là. Plusieurs se parlèrent des yeux et du coude en se retirant, et puis à l'oreille bien bas. On ne pouvoit revenir de ce qu'on venoit de voir. Ce fut le même effet parmi tout ce qui étoit dans la plaine. Jusqu'aux soldats demandoient ce que c'étoit que cette chaise à porteurs et le roi à tout moment baissé dedans; il fallut doucement faire taire les officiers et les questions des troupes. On peut juger de ce qu'en dirent les étrangers, et de l'effet que fit sur eux un tel spectacle. Il fit du bruit par toute l'Europe, et y fut ausei répandu que le camp même de Compiègne, avec toute sa pompe et sa prodigieuse splendeur. Du reste, madame de Maintenon se produisit fort peu au camp, toujours dans son carrosse avec trois ou quatre familiers, et alla voir une fois ou deux le marquis de Bouffiers et les merveilles du prodige de sa magnificence. » (T. IIJ, p. 10 et suiv.)
Ce récit, si parfaitement détaillé, semble exact et vrai, malgré la passion dont il est empreint ; malheureusement il n'y a nul moyen de le contrôler et de le contredire, car nul autre historien n'en dit un mot. Le Journal de Dangeau ra« conte simplement : « 13 septembre. — Le roi, avec monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne, alla sur le cava-
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lier qui est à la gauche du château, voir attaquer deut petites lunettes qu'avoit faites Lappara (ingénieur). L'ordre de Fattaque et de la défense fut fort beau. Sa Majesté revint dans le môme endroit sur les six heures, suivi de tous les courtisans et de toutes les dames. On vit d*abord la disposition de toutes les troupes pour attaquer et pour défendre la contrescarpe, et un peu après l'attaque commença et dura une heure, pendant laquelle on brûla quatorze milliers de poudre. Monseigneur le duc de Bourgogne fut toujours avec les assiëgeantA. » (T. YI, p. 430.)
La GauUe et le Mercure^ qqi sont les seuls journaux offi* ciels de l'époque, parlent ai|$si peu que le Journal de Dangeau de )a scène dramatique de la terrasse. Ils ne prononcent même pas une seule fois le nom de madame de Maintenon; et cependant le Mercure entre dans les détails les plus curieux, les plus circonstanciés sur le camp de Compiègne; il dit tous les personnages qui y figurèrent ; il décrit les bataillons, les escadrons, leurs costumes, leurs i^ouvements, etc. Il est d'ailleurs d'accord avec Pangeau sur tous ces dét£uls, iQais il n'est nullement d'accord avec Saint-Simon, et dans le seul point où l'on peut les mettre en face l'un de l'autre, ils disent blanc et noir. Ainsi Saint-Simon raconte que la soène de la terrasse (18 septembre) eut lieu « par le phu beau temps du monde et le plus à souhait; » et le Mercure dit que les opérations du 13 septembre eurent lieu « malgré le vikrin temps «t une phiie emimuelle, » Qui dit vrai ? Bsts-ce le Mercure qui écrit au jour le jour, ou Saint-Simen qui rappelle à quarante ans de distance ses souvenirs obscurcis par la haine ? 11 est probable que c'est le Mercure^ et alors la scène de la terrasse est non-seulement fausse, mais impossible*.
Nous n'avons point de lettres de madame de Maintenon pour le 43 septembre, mais nous en avons deux du 9 et
1. li est certain que les tttes du camp de Gompiègne furent troublées par des pluies continuelles et des orages violents : le Mer* cure cite les pluies du I, du 9, du 13 septembre, etc.
du 12, où nous allons la voir occui)ëé d'autres pensées que de pensées de fêtes.