LETTRE CCCLVIII
A M. LE MARÉCHAL DE NOAILLES»
Dimauche, 12 septembre 1695.
On m'avoit appris l'emportement de Madame 'sur les évêques dévots, et effectivement, c'est un grand abus de mettre dans de pareilles places des gens qui croient en Dieu. Mais, mon cher duc, nous sommes tombés dans cet inconvénient, et il faut prendre patience. Comptez donc que notre cher pasteur sera blâmé, quoi qu'il fasse. S'il attaque les spectacles, tous ceux qui les aiment se déchaîneront; s'il ne les attaque pas, tous les dévots en seront scandalisés, et quoi qu'il puisse faire, il ne parviendra pas à contenter tout le monde. Il contentera Dieu, et sa conscience lui rendra témoignage. Il fera mille biens
1 • Autographe du cabinet de M. le duc de Cambacérès.
2. Madame, comme on peut le Toir dans sa correspondance, s'était faite catholique pour épouser le due d'Orléans. Elle était restée luthérienne dans le cœur et même à peu près incrédule. (Voir les Lettres nouvelles de la princesse Palatine^ publiées par M. Rolland, p. 143, 165, etc.)
A M. LE MARÉCHAL DE NOAILLES (1695). 21
par son exemple, il évitera mille maux par son ombre seule; tout ce qui est à Dieu se joindra à lui, et ce petit nombre fera sa couronne et sa joie.
Il me'paroît que vous vous fortifiez... (fragment déchiré). M. Brisacier m'avoit conté ce qu'on avoit dit sur le chapitre de Notre-Dame; tout cela n'est rien ; il n'y a qu'à bien faire et à laisser dire. Je crois que notre archevêque tiendra ferme sur les règles de l'Église... [fragment déchiré) .
Je ne doute pas que tout le quiétisme ne tombe sur M. de Paris; il s'est déclaré contre avant d'être en place, et il ne le favorisera pas étant dans celle qui doit donner l'exemple aux autres. Je sais qu'on a dit qu'il ne se mêlera que de son diocèse; ce seroit bien assez, mais vous verrez croître tous les jours la confiance du roi pour lui.
Je ne doute pas que l'archevêché * ne soit rétabli et entretenu modestement, et que Gonilans^ ne se trouve un peu négligé; tout sera, s'il plaît à Dieu, en place.
Je sors aussi d'une violente migraine ; mais quand quelque chose me fâche, je rappelle dans ma mémoire que M. l'évêque de Ghâlons est archevêque de Paris ^.
Je tire un bon augure de ce que vous ne me dites
1. Le palais de l'archeyèebé, qui était contigu à l'église Notre- Dame.
2. Maison de campagne des archevêques de Paris, et où M. de Hariay faisait ordinairement son séjour.
3. On voit que madame de Maintenon sort de sa froideur ordi* naire et qu^ellc est dans l'enthousiasme.
rien de la duchesse de Guichet Je prie Dièii de là guérit parfaitement de toUs ses maux. Adieu, mon cher duc.
LETTRE CCCLIX
À M. L'ARCHE VÈQUE DE PAtllS».
28 septfsnibre 1695.
Je prie Dieu, monseigneur, de vous bien inspirer : de qiiel côté que vous tourniez, tousserez blâmé.
Le quiétisme fait plus de brUit que je ne pensois ; et bien des gens à la cour en sont plus effrayés que ne Ta été M. de Chartres.
Je n aiine guère à me mêler des affaires des autres et je ne connois personne de la congrégation de Saint-Maur.
Tous les jburs me sont égaux^ monseigneur^ pour avoir l'honneur de vous voir, car si vous ne me trouvez pas à Versailles, vous viendrez à Saint-Gyr. Le rôi prend médecine lundi; vous me trouverez sûrement mercredi ; tnais il est très-vrai que tous les jours seront bons.
J'ai eu ce matin une grande conversation avec le père de La Chaise sur l'amour de Dieu. Il veut que la satire de Despréaux soit donnée au public^.