LETTRE XXXVIII
A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS*
Fontainebleau, 22 octobre 1698.
Quand on est du conseil, monseigneur, on est mystérieux^. Le roi nous a imposé silence sur ce qui se passa il y a quinze jours. Et, en vérité, c'est un bien pour moi, et encore plus pour eux, que je n'ose dire tout ce que je vis, et tout ce que j'entendis. J'en suis tout affligée, monseigneur, non-seulement par rapport à l'affaire présente, mais pour toutes celles que ces messieurs auront à traiter. Cet échantillon me fait voir que je mourrois de douleur si j'assistois au conseil. Que les rois sont à plaindre ! Que les hommes sont mauvais! Enfin, monseigneur, si l'on ne prenoit patience, en considérant celle de Dieu, on se désespéreroit. Vous voyez que vous n'avez guère perdu en ne recevant pas de mes lettres. Je ne puis les remplir que de tristes réflexions.
On répand fort que vos affaires de Rome ne seront pas jugées; il en arrivera tout ce qu'il plaira à Dieu. Celle de la religion, c'est-à-dire des nouveaux convertis, n'est pas encore décidée. On ne veut pas se presser, mais je crois qu'on voudra résoudre toutes choses avant le retour à Versailles, afin de n'en plus entendre parler.
1 • Autographe du cabinet de M. de Cambacérès.
2 . J'ignore quelle affaire fut traitée dans le conseil où l'on appela madame de Maintenon. Mais ce qu'elle en dit témoigne qu'elle y assistait très-rarement et avec répugnance.
Le roi a été un peu incommodé, ces derniers jours, d'avoir trop mangé : il y a bien des ragoûts nouveaux, et la gourmandise est à la mode.