LETTRE XLIV
NOTE PRÉLIMINAIRE
Cette lettre est la première d'un précieux volume d'autographes appartenant à M. le duc de Gambacërès et qui a simplement pour titre : Lettres de madame la princesse des Ursins à madame de Maintenon en 1706, 1707, 1708, 1709. La plupart de ces lettres ont été publiées en 1859, par M. Greffroy, d'après une copie qu'il a trouvée à la bibliothèque royale de Stockholm. CeUe copie a été assez exactement faite, probablement dans le siècle dernier, sur les autographes que je viens d'indiquer. Je marquerai les diffé-
1* Autographe du cabinet de M. le duc de Cambacérès. 2. Voir la lettre précédente.
rences les plus importantes. Le livre de M. Geffroy renferme, outre ces lettres à madame de Maintenon, des lettres de la princesse des Ursins à la maréchale de Noailles, à Chamillart, etc. Cette première lettre ne se trouve pas dans son recueil; elle ne porte pas de suscription.
Marie-Ânne de la Trémoille était née en 1642. Elle fut mariée en 1659' à Adrien de Talleyrand, prince de Ghalais. Elle connut alors madame Scarron à l'hôtel d'Albret, et ces deux femmes , qui devaient, après des fortunes si diverses, se rencontrer dans le gouvernement de deux royaumes à la fin de leur carrière, conçurent dès lors Tune pour l'autre une grande estime. En 1663, le prince de Ghalais fut forcé par un duel de se réfugier en Italie avec sa femme; il y mourut en i669. Anne de la Trémoille se trouva veuve à vingt-huit ans. « Elle étoit jeune, belle, de beaucoup d'esprit, avec beaucoup de monde, de grâces et de langage. » (Saint-Simon, t. III, p. 161 .) Elle resta à Rome aimée ou protégée par le cardinal d'Estrées^ qui, en 1674, lui fit épouser le duc de Bracciano, de la famille des Orsini, « le premier laïque de Rome, dit Saint-Simon, sans dispute d'aucun. » Elle vécut mal avec son mari, s'en sépara après quelques années, vint à Paris, où elle séjourna à difiérentes fois jusqu'en 1698, où le duc de Bracciano mourut. Elle retourna en Italie, recueillit les débris de la fortune de son mari, prit alors le nom de princesse des Ursins (Orsini), et mena à Rome une existence princière mêlée d'intrigues politiques, où elle servit constamment les intérêts français.
A l'époque où nous sommes arrivés, elle avait cinquantesept ans, et commençait à travailler en faveur de la France pour la succession de la monarchie espagnole. Elle recevait une pension de Louis XIV, avait gardé ses amitiés et ses relations avec la cour de France, mais on ne voit pas qu'elle ait eu, en ce temps, de correspondance avec madame de Maintenon. La principale de ses amies était, ce semble, la maréchale de Noailles, à qui probablement est adressée la lettre suivante :