LETTRE LIX
NOTE MÉLIMINAIRE
On lit dans le Journal de Jkmgmu^ au 21 octobre : « Madame de Montchevreuil, qui revenoit de Fontainebleau avec «nadame de Maintenon, se trouva fort mal en chemin; elle fat obligée de demeurer quelques heures au Plessis ; cepeibdant elle arriva ici le soir, mais si mal, qu'on ne croit pas qu'elle puisse résister à la violence de cette rechute ici. » Et le dimanche 25 : « La pauvre madame de Montchevreuil mourut ici le matin sur les six heures, bien regrettée de ses amis; elle est morte comme une sainte, comme elle avoit vécu. Madame la duchesse de Bourgogne alla de bonne heure à Saint-Gyr, d'où elle revint dans le carrosse de madame de Maintenon, qui est affligée au dernier point de ta mort de madame de Montchevreuil. On ne sauroit mieux faire que fait madame la duchesse de Bourgogne pour la consoler. » Et le 31 : <K Le roi vit dans son petit appartement le bonhomme Montchevreuil, et Sa Majesté lui parla de la manière la plus obligeante et la plus propre à adoucir sa douleur; il finit la conversation en lui disant : Ne me regardez pas comme votre bienfaiteur et votre maître, mais comme votre ami, et parlez-moi dans cette confiance de tout ce qui regardera vous et votre famille. » (T. VII, p. 173, 175, 179.)
Saint-Simon (t. I, p. 64) fait, sur l'origine de la fortune de madame de Montchevreuil, et sur les causes de son intimité avec madame de Maintenon, des contes calomnieux qui ne soutiennent pas le moindre examen. Je ne crois pas nécessaire de les réfuter après ce que j'ai dit de la jeunesse de madame de Maintenon. (T. I, p. 52, 64, 80, de la Correspondance générale^) Voici maintenant le portrait qu'il fait de cette dame :
« Montchevreuil étoit un fort honnête homme, modeste, brave, mais des plus épais. Sa femme, qui étoit Boucher d'Orsay, étoit une grande créature, maigre, jaune, qui rioit
292 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE. i
niais, et montroit de longues et vilaines dents, dévote à outrance, d'un maintien composé, et à qui il ne manquoit que la baguette pour être une parfaite fée. Sans aucun esprit, elle avoit tellement captivé madame de Maintenon, qu'elle ne voyoit que par ses yeux, et ses yeux ne voyoient que des apparences, et la laissoient la dupe de tout. Elle étoit pourtant la surveillante de toutes les femmes delà cour, et de son témoignage dépendoient les distinctions ou les dégoûts, et souvent par enchaînement les fortunes. Tout, jus* qu'aux ministres, jusqu'aux filles du roi, trembloit devant elle; on ne l'approchoit que difficilement; un sourire d'elle étoit une faveur qui se comptoit pour beaucoup. Le roi avoit pour elle la considération la plus marquée. » (T. I, p. 64.)
Il n'y a point de lettres de madame de Maintenon sur la mort de madame de Montchevreuil ; et de toutes les lettres de condoléance qu'elle dut recevoir, nous n'avons que celle du duc du Maine.
LE DUC DU MAINE A MADAME DE MAINTENON *
25 octobre 1699.
Je coQûois mieux qa*uû autre, madame, la peine où vous êtes de Tamie que vous venez de perdre, et j'en juge aisément par celle que j'en ressens moimême. C'est présenlemenl de M. de Montchevreuil que je suis en inquiétude, ne sachant comment il pourra soutenir cette séparation. Consolez-vous, madame, par le souvenir de la vertu de notre amie; ce qui feroit redoubler les pleurs des incrédules doit consoler les vrais chrétiens; songez que la mort des saints est précieuse devant Dieu, qu'il est de Tordre de sa providence de retirer à lui les uns, et de laisser