‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 371 sur 418 · LETTRE CXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXIII

NOTE PRÉLIMINAIRE

On lit dans le Journal de Dangeau^ à la date du 19 mars : c Monseigneur alla tirer à Meudon, et revint ici au souper du roi, où il mangea beaucoup. Il entra dans le cabinet du roi après souper, comme à son ordinaire; il y fut môme très-gai. Il descendit chez lui par le petit degré, en riant, étant de la meilleure humeur du monde. Il se mit à son prie- Dieu, et en se relevant il perdit connoissance; beaucoup de ses domestiques montèrent chez le roi fort éperdus, cherchant M. Fagon et M. Félix. Le roi, qui étoit à son prie- Dieu, descendit par le petit degré, qui est fort difficile, malgré un peu de goutte qui lui reste encore; il trouva Monseigneur dans un triste état. Madame la duchesse de Bourgogne y entra en même temps que le roi. On ne peut rien s'imaginer de plus triste que Tétat où tout le monde étoit. M. Félix saigna Monseigneur, qui se défendoit contre la saignée, et à qui la connoissance n'étoit pas encore revenue; elle lui revint après la saignée. Il nous reconnut, et nous nomma tous. Le roi se rapprocha de lui, le pria de prendre

A M. LE GARBINAL DE NOAILLES [1701]. 419

les remèdes que M. Fagon lui faisoit donner; depuis ce moment Monseigneur fut toujours de mieux en mieux. Il étoit environ minuit, et sur les deux heures l'émétique qu'il avait pris en grande quantité commença à agir par haut et par bas. La nature se dégagea, et il fut entièrement hors de péril... Le roi étoit dans une affliction inconcevable, ne pouvant retenir ses larmes, et n'ayant presque pas la force de parler... »

A M. LE COMTE D'AYEN»

20 mars 1701.

Quel spectacle nous venons d'avoir, mon cher comte! Monseigneur aux portes de la mort^ le roi saisi de douleur, toute la cour dans les larmes. Il est très-bien revenu, parce qu'il a été secouru trèspromptement, et M. Fagon est persuadé que cet accident sera sans retour. J'en suis présentement plus malade que lui, et par dessus mon abaltement j'ai un mal de dents qui me met hors d'état d'écrire une plus longue lettre.

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