‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 384 sur 418 · A LA MÈRE MARIE-CONSTANCE · texte numérisé non relu

A LA MÈRE MARIE-CONSTANCE

révérende mère, par vous faire mes compliments sur* votre supériorité. Je vous crois bien fâchée, et je n'ai pourtant pu m'empêcher d'en être bien aise. Vous savez, ma chère sœur, la dévotion que j'ai à la parabole des talents; je veux qu'on les emploie pour les autres, et je sais combien vous êtes capable de gouverner. Consolez-vous donc par les grands biens que vous allez faire; je dois en juger par ceux que vous avez faits ici, et en espérer beaucoup davantage : je vous avois donné des filles imparfaites, et vous en avez d'admirables, si elles sont comme vous nous les dépeignez.

J'ai fait tous vos compliments au roi, qui n'a point été surpris de votre élection, ayant tant entendu parler de votre capacité, et qui conserve pour vous toutes une grande estime ; il m'a bien ordonné de vous en assurer.

Vous voulez bien que je vous parle un peu de Saint-Cyr; il y a bien des nouvelles. J'ai voulu voir de près les classes, pour juger d'où vient le mal que nous trouvons dans les demoiselles qui ne peuvent soutenir le noviciat, et qui en tout ne paroissent pas trop raisonnables. U y a quatre mois que je passe mes journées aux rouges^ et je vous écris des vertes^ dont je vais m'occuper^ Je crois qu'il faudra changer

1. Voici ce qu'on lit dans les Mémoires des Dames de Saint' Cyr : « Madame de Maintenon donna aux classes une grande application dans ce temps-là : elle fut presque deux ans à les suivre du malin au soir, les jours qu'elle Tenoit ici, qui étoient quasi tous ceux de la semaine. Je l'ai vue souTent arriver avant six lieures du matin, afin d'être au lever des demoiselles et suivre

Tordre de leur journée ; il est trop rempli de dérangement et de récréations. Priez, je conjure, que nous prenions le bon parti. Les Dames de Saint-Louis sont fort zélées pour se livrer tout entières à l'éducation des demoiselles.

J'ai une grande envie d'aller à Chaillot, et si ma santé revient un peu, je vous surprendrai un de ces jours. Je remercierai aussi vos sœurs de Strasbourg, qui m'ont fait un présent dont je suis toujours honteuse. Mille compliments à vos chères mères, je vous en supplie, et à ma sœur Marie-Élisabeth; est-il vrai qu'elle est toujours malade?

LETTRE CXLU

NOTE PRÉLIMINAIRE

Monsieur, duc d'Orléans, frère du roi, mourut frappé d'apoplexie le 9 juin 1701, à Saint^Cloud. Le roi en témoigna

ensuite toute leur journée en qualité de première maîtresse, pour pouvoir mieux juger de ce qu'il y avoil à faire et à établir, dans le dessein où elle étoit de mettre les choses sur un pied où elles pussent se soutenir. Elle aidoit à peigner et habiller les petites ; elle passoit deux ou trois heures de suite à une classe, y faisoit observer l'ordre de la journée, leur parloit en général et en particulier, reprenoit l'une, encourageoit l'autre, donnoit à d'autres les moyens de se corriger. Les demoiselles et oient charmées de ses instructions ; elle leur en faisoit sur foute sorte de sujets, mads principalement sur la religion, la crainte de Dieu, l'horreur du péohé, l'amour de la boune réputation qui doit être une recommandation aux personnes de notre sexe, la bonne gloire, la probité, la droiture, la raison, la simplicité, la véritable dévotion, etc.. » On trouvera ces instructions dans les Lettres et En^ treiienê sur V éducation.

une grande douleur. Le duc de Chartres, le lendemain matin, vint le trouver. « Sa Majesté lui parla avec toute sorte de bonté et d'amitié, dont ce prince parut fort touché et fort reconnoissant. Le roi lui dit qu'il falloit qu'il le regardât présentement comme son père; qu'il auroitsoin de sa grandeur et de tous ses intérêts ; qu'il oublioit tous les petits sujets de chagrin qu'il avoit eus contre lui, qu'il espéroit que de son côté il les oublieroit aussi, et qu'il le prioit que les avances d'amitié qu'il lui faisoit servissent à l'attacher encore davantage à lui, et à lui redonner son cœur comme il lui donnoit le sien. Ce prince est pénétré de douleur de la mort de Monsieur, son père, et pénétré de reconnoissance de toutes les bontés du roi... » {Dangeau, t. V.)

Le 12 juin, Dangeau ajoute : « Le roi avoit eu quelque petit mécontentement de Madame ; elle eut hier une conversation, dans laquelle ils se parlèrent à cœur ouvert; le roi en sortit content de Madame^ et Madame demeura pénétrée des bontés du roi, et plus attachée à Inique jamais. Elle avoit eu une grande conférence avec madame de Main tenon avant que de parler au roi. ï>

On sait que Madame était animée contre madame de Mainbenon de la haine la plus furieuse^ la plus aveugle; que, dans sa correspondance avec ses parents d'Allemagne^ elle n'en parle qu'avec les injures les plus grossières, en ramassant contre elle les calomnies les plus insensées. Madame de Maintenon savait tout cela, et n'en avait jamais rien témoigné à Madame ; elle profita de l'entrevue que lui demandait cette princesse allemande si orgueilleuse, si insolente, pour en tirer une digne vengeance.

Voici d'abord comment cette entrevue est racontée par Madame elle-même, dans une lettre à sa tante :

« Madame de Maintenon me fît dire (après la mort de Monsieur) que c'étoit le bon moment pour me réconcilier avec le roi. En conséquence, je chargeai le duc de Noailles de dire de ma part à cette dame quej'étois tellement touchée de toute l'amitié qu'elle m' avoit témoignée dans mon malheur, que

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je la priois de prendre la peine de venir chez moi, car je ne pouvois pas sortir. Elle est venue, en effet, à six heures. Je lui ai d'abord répété combien j'élois contente d'elle, et je lui ai demandé son amitié. Je lui ai avoué aussi que j'avois été fâchée contre elle parce que je croyois qu'elle me halssoit et m'ôtoit les bonnes grâces du roi, ce que j'avois d'ailleurs appris par le Dauphin. J'ai ajouté que j'étois prête à tout oublier si elle vouloit seulement être mon amie. Làdessus elle me dit beaucoup de belles et éloquentes choses, me promit son amitié, et nous nous embrassâmes. Je lui dis ensuite que ce n'étoit pas assez de m'avoir mandé que le roi étoit indisposé contre moi, qu'il falloit aussi me donner le moyen de rentrer en grâce. Elle me conseilla alors de parler au roi en toute franchise, de lui avouer moi-même que je l'avois haïe parce que je pensois qu'elle me rendoit de mauvais offices auprès de lui, et de dire également au roi pourquoi je lui en avois voulu. J'ai suivi ce conseil, et comme Monsieur m'avoit dit que le roi étoit aussi mécontent de ce que je vous écrivois trop à cœur ouvert, j'ai également traité cet article... Lorsque j'eus tout exposé au roi, et lui eus montré clairement que, quelque mal qu'il m'eût traitée, je l'avois néanmoins toujours respecté et aimé, il m'embrassa, me pria d'oublier le passé, et me promit ses bonnes grâces. Il rit aussi quand je lui dis tout naturellement : « Si je ne a vous avois pas aimé, je n'aurois pas tant haï madame de « Maintenon, croyant qu'elle m'ôtoit vos bonnes grâces. « Enfin, tout s'est très-bien passé ^ »

Voici maintenant le récit de Saint-Simon, qui ne peut être suspect, car pour la haine, les injures et les calomnies contre madame de Maintenon, le duc et pair est le digne camarade de la princesse.

II dit d'abord que Madame, fort inquiète de sa situation depuis la mort de son mari « où il y alloit de tout pour

1. Letiret nouvelles de la princesse Pa/a(ffie ,. publiées par M. Rolland.

elle, » engagea madame de Ventadour (sa dame d'honneur) à demander conseil à madame de Maintenon ; que celle-ci ne s'expliqua qu'en général , et dit seulement qu'elle iroit chez Madame au sortir de son dîner, sous la condition que madame de Ventadour seroit en tiers dans la visite... C'était le dimanche 12 juin, a Après les premiers compliments, ce qui étoit là sortit, excepté madame de Ventadour. Alors Madame fit asseoir madame de Maintenon, et il fallait pour cela qu'elle en sentit tout le besoin. Elle entra en matière sur l'indifférence avec laquelle le roi l'avoit traitée pendant toute sa maladie, et madame de Maintenon la laissa dire tout ce qu'elle voulut, puis lui répondit que le roi lui avait ordonné de lui dire que leur perte commune efifaçoit tout dans son cœur, pourvu que dans la suite il eût lieu d'être plus content d'elle qu'il n'avoit eu depuis quelque temps, non-seulement sur ce qui s'étoit passé à l'égard de M. le duc de Chartres, mais sur d'autres choses encore plus Intéressantes dont il n'avoit pas voulu parler, et qui étoient la vraie cause de l'indifférence qu'il avoit voulu lui montrer pendant qu'elle avoit été malade. A ce mot. Madame, qui se croyoit bien assurée, se récria, protesta que, excepté le fait de son fils, elle n'a jamais rien dit ni fait qui pût déplaire, et enfila des plaintes et des justifications. Comme elle y insistoit le plus, madame de Maintenon tira une lettre de sa poche et la lui montra, en lui demandant si elle en connaissoit l'écriture. C'étoit une lettre dé sa main à sa tante, la duchesse de Hanovre, à qui elle écrivoit tous les ordinaires, où, après des nouvelles de cour, elle lui disoit en propres termes : « Qu'on ne savoit plus que dire du com- « merce du roi et de madame de Maintenon, si c'étoit mariage a ou concubinage ; » et de là tomboit sur les affaires de dehors et sur celles du dedans, et s'étendait sur la misère du royaume, qu'elle disoit ne s'en pouvoir relever. La poste Tavoit ouverte, comme elle les ouvroit et les ouvre encore presque toutes, l'avait trouvée trop forte pour se contenter à l'ordinaire d'en donner un extrait, et l'avoit envoyée au roi en original. On peut penser si, à cet aspect et à cette lec-

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