‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 392 sur 418 · LETTRE CXLVI · texte numérisé non relu

LETTRE CXLVI

A Marly, ce 29 juin 1701.

Le roi me vit recevoir votre lettre, madame, et me demanda s'il n'y en avoit pas une pour lui. Je lui lus la mienne, [et il vit la raison qui vous empéchoil de lui écrire. Il vous remercie, madame, de la part que vous avez prise à sa douleur; elle a été trèsgrande. Il aimoit Monsieur, il en étoit aimé; ils ne s'étoient jamais quittés; la manière de la mort étoit effrayante, le spectacle bien triste. Tout cela» madame, fit une impression qui inquiéta tout le monde pour la plus précieuse santé qu'il y ait à conserver. La cour et les affaires sont très-bonnes dans les afflictions; il faut se dissiper et se contraindre; on en profite.

Vous faites justice à madame la duchesse de Bourgogne, madame, quand vous l'avez crue touchée, elle l'a été au-dessus de son âge ; elle commençoit à aimer Monsieur, l'humeur gaie de l'un et de l'autre s'accommodoient parfaitement. Cette princesse fut témoin de cette mort, et elle a joint aux

1. Recaeil de huU lettres qui ont appartenu à la Maison de Saint-Cyp. Voir l. ni, p. 37.

A M. LE CARDINAL DE NOAILLES (1701). 441

senliments de tendresse une peur de son âge, de sorte qu'elle ne pouvoit dormir; elle s'en est trouvée mal, et cela avec un certain dérangement donne quelque espérance, peu fondée pourtant, qu'elle pourroit être grosse. Elle conserve un goût pour TOUS, madame, dont vous ne douteriez pas si vous étiez plus près d'elle. Elle me charge de vous bien remercier de tout ce que vous me dites sur son sujet. Elle n'a que trop de goût pour l'esprit; il n'est plus guère à la mode, et ceux qui n'en ont point lui sauront mauvais gré de le trouver.

J'ai bien pensé à madame de Montespan en cette occasion, et je ne suis point surprise qu'elle coure les champs. Je crois tout ce qu'elle pense et par combien d'endroits elle est touchée. Je ne sais, madame, comment on pourroit supporter la tristesse de la vieillesse et ses réflexions, si on n'espéroit une autre vie qui ne finira point. Croyez, madame, que tant que la mienne durera, je serai la personne du monde qui vous honore le plus.

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