‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 99 sur 418 · IV · texte numérisé non relu

IV

HO GORRESPONDANCB GÉNÉRALE.

madame de yiaiatenon n'ét^iit pas à se reposer dans son château, mais à Versailles, fort inquiète de la santé du roi, qui était gravement malade d'un anthrax (voir le Journal de Dangeau, t. V, p. 458). De plus, La Beaumelle fait apprécier par madame de Maintenon l'instruction pastorale de l'archevêque de Paris sur le livre :Expositioa de la foi touchant la grâce et la prédestination, livre qu'on soupçonnait de jansénisme, et elle dit qu'il « s'en est démêlé en homme très -prudent. » Madame de Maintenon se serait bien gardé d'exprimer ainsi son opinion, et nous n'en trouvons en effet aucune trace dans ses lettres, car cette instruction faisait beaucoup de bruit et mécontenta tout le monde; l'archevêque, tout en condamnant le livre, reproduisit ses erreurs, et exprima des idées sur la grâce, qui le firent accuser de jansénisme; enfin cette instruction fut en grande partie l'origine des querelles qui troublèrent la fin du règne de Louis XIV.

« S'ils me fâchent, je prierai le pape de le faire cardinal, » Quelle ofHnion La Beaumelle a-t-iî de ses lecteurs, pour qu'il prête un tel langage à madame de Maintenon? Je ne dis rien de « la princesse Adélaïde, qui est le nœud du traité de Ryswick, » ni de « l'empereur qui voulait l'avoir pour le roi des Romains ; » mais 'madame de Maintenon ajoute : « Je vous envie votre solitude, votre tranquillité. » Or, à cette époque, madame de Sàint-Géran , veuve à peine de quelques mois, était de la société un peu folle et des plaisirs trop bruyants de la duchesse de Bourbon, et elle menait même une vie tellement dissipée . et si voisine du scandale que le roi, trois mois après, y mit fin en la renvoyant de la cour et en l'exilant à trente lieues de Paris. C'est ce que nous verrons dans les lettres suivantes.

Maintenon, 24 août 1696.

Je ne suis pas surprise des différents jugements qu'on porte de l'instruction de M. de Paris. Ce premier pas étoit difficile ; et toutes les personnes désintéressées qui Tout

lue conviennent qu'il s'en est démêlé en homme trèsprudent. Certainement le roi en sera satisfait. Les jésuites ne lui pardonneront pas de s'être élevé au siège de Paris sans leur participation; s'ils me fâchent, je prierai le pape de le faire cardinal. Il falloit à la première Eglise du royaume un prélat de mœurs sans tache, et d'un caractère modéré, doux, simple, d'une piété éclairée et solide ; le roi a cru voir toutes ces qualité^ réunies dans M. de Châlons: il s'est consulté, il a consulté des gens de bien, il a consulté Dieu ; et rien n'est plus vrai que, s'il eût connu en France un plus honnête homme, il l'auroit donné à sa capitale. Plût à Bieu que ces guerres de religion fussent aussi près de leur fin que celle qui divise les princes de l'Europe ! La paix est faite avec M. le duc de Savoie, et le roi est disposé à la donner au reste de l'Europe. La princesse Adélaïde sera le nœud de ce traité. L'empereur vouloit l'avoir . pour le roi des Romains ; mais le duc de Bourgogne Ta emporté sur son rival ; cette princesse est fort aimable, mais elle est bien jeune; il faudra l'élever; voilà de nouveaux embarras. Je vous envie votre solitude, votre tranquillité; et je ne suis plus surprise que la reine Christine soit descendue dp trône pour vivre avec plus de liberté.

LETTRE CDXXVI

A M. L'ARCHE VÊQUE DE PARIfi».

29 août 16»6.

Madame de Monlchevreuil m*a apporté , monseigneur, le mémoire que je vous envoie, et le livre

Page 1