‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon: publiée pour la première fois sur lesChapitre 122 sur 359 · LETTRE CXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXIII

NOTE PRELIMINAIRE

Cette lettre ne se trouve que dans la collection de La Beaumelle (édit. de Nancy. 1. 1, p. 249; édit. d'Amsterdam, t. II, p. 193). Louis Racine l'annote : m'est iriconnue. Elle est très-probablement in^sfentée.

Madame Guyon était la fille d'un gentilhomme de Montargis, belle et spirituelle, qui fut mariée au fils du constructeur du canal de Briare , et devint veuve à vingthuit ans, avec une fille qui*épousa le comte de Vaux, fils du surintendant Fouquet. Elle était d'une imagination ardente, d'une dévotion fort exaltée; elle se mitions la direction d'un religieux barnabite qui lui inspira les doctrines du quiétisme, et fit avec lui des voyages en Dauphiné, en Savoie, en Piémont, sous l'apparence d'établissements pieux qu'elle

moiselles le travail destmalas, .qu*eUe usait souvent les journées en cérémomes inutiles, elle lui en témoigna ses craintes , et lui donna des avis, mais avec des ménagements qui allaient jusqu'à la prière. Madame de Brinon o^^n voyant «pas tenu compte, elle pria l'abbé Gobelin, comme nous l'avons vu, de l'avertir. Ces avertissements furent inutiles. Elle conUnua à leur donner le mauvais exemple de son luxe et de sa vanité. » {La Maison royale de SaitO^yr, p. 106.)

l . « On mande de Hollande qu'il y aura au moins quatre cents voiles dans l'armée du juHnee d'Oxanga, iparmi lesquelles U y a plus de.soixaiae oralaseaui de'.jgoerre*». U mône.wae lui quatorie mille hommes des meillfittr^s troupes de rjËtaL«« -•» dfomnal de Dangeau, t Jl, p. 185l«}

A MADAME WA MAINTBNOIf (<688). 123

formaii? ou soutenait de ses aumônes; maûs av fbnd pour suivre son directeur etf « avancer sous sa conduite dans les voies d'une* nouvelle splvitualitë;. » Ce fut dans ces voyages qu'elle commença à rëpandre des petits livres de sa façon, entra autres Id m^m (Kmr< et fcucHe de faire oramn, livre où sont répandus les principes du quiétisme. Elle vint à Paris en 1686 avec le père Lacombe et se lia avec les duchesses de Beauvilliers, de Ghevreuse et de Mortemart, toutes trois filles de Colbert, réputées les dames les plus pieuses de la cour, et amies de madame de Maintenon. Ses doctrines ne tardèrent pas à faire tant de bruit, que le roi en fut averti par M. de ffarlay, archevêque de Paris ; et comme il était Tennemi de toute innovation en matière de foi, il fit mettra le père Lacombe à la Bastille et madame Guyon dans le GQuventde la Yiaitation.de la rue Saint-Antoine.

Madame Guyon supporta ces rigueurs avec une résignation et une humilité qui ranimèrent ses partisans. Elle avait pour parente madame de la Maisonfort, qui était, comme nous l'avons vu, attachée à Saint-Cyr et fort goûtée de madame de Maintenon. (Voir la Maison royale de Saint-Cyr f ch. IX.) Par le crédit de cette dame, elle obtint sa liberté, et si Ton en peut croire La Beaumelle, elle écrivit à madame de Maintenon la lettre suivante :

Paris, iO octobre 1688.

Madame, après avoir remercié la divine providence de ce qu'elle m*a délivrée de la prison où me tenoient mes ennemis, il est bien juste que je vous rende grâces à vous, madame, dont Dieu s'est servi pour me tirer, comme par miracle, des mains des grands de la terre. J'ai obéi à vos conseils, comme j'aurois obéi aux ordres de Dieu ;^ et j'espère que voua n'attril)uerez point cette obéissance à foiblesse, mais que vous la. regarderez comme la meilleure manière de vous témoigner ma re-

124 COBBESPONDANCE GÉHÉEALE.

coanoÎBsaace. J'y répugnois d'abord ; mais dès que la chose a été faite, j'ai senti couler la joie et la traoquil- ■ lité dans mon âme. Le père Lacombe, mon père en Jésus-Christ, n'est pas plus coupable que moi^. Je suis la cause de ses malheurs. Voua n'avez qu'à dire un mot, madame, et ses chaînes tomberont. Vous aurez renda aux fidèles un innocent opprîmi^ qui peut les édifier et les instruire. Mou Dieu ! que votre volonté soit faite et non la miennel Je m'étois mise en chemin pour aller me jeter à vos genoux; maie uuc vois secrète m'a obligée, malgré moi, à discontinuer ma route et â revenir ici. l'attendrai vos commandemi'nts. Que le Seigneur TOUS inspire et vous conduise ! Je no cesserai jamais de lui faire celte prière, ni de médire avec un profond respect, etc.

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