LETTRE CXL
A M. JASSAULT, MISSIONNAIRE A ^'EHSAILLES.
Fontainebleau , 17 octobre I6S8,
Si vous me disiez en confession ce que vous m'écrivez aujourd'hui, je croirois devoir l'écouter sans réplique et souffrir en esprit de pénitence ce quej'v pourrois trouver d'injuste, mais comma c'est une lettre, je crois que vous voulez une réponse et qui soit dans toute la liberté que j'ai avec vous.
Je m'aperçus bien le jeudi saint que madame de Brinon vous avoit persuadé, et j'écoulai avec assez d'étonnement que vous me disiez qu'elle ne céderoit pas à ma fareur et à ma puissance, et que sa conscience l'emporteroit toujours sur la complaisance
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qu'elle me devoit. Je croyois que vous saviez assez que ce n'est pas moi qui mettrai le désordre dans Saint-Gyr, que c'est moi qui y prêche la régularité, et que je ne connois rien que je puisse me reprocher qu'un peu trop d'impatience des défauts qui y sont et d'avoir trop souffert du relâchement de madame de Brinon, qui a gâté les Dames au point qu'elles m'ont dit elles-mêmes qu'elles avoient une extrême peine à obéir présentement à la sous-prieure qui les conduit pendant les absences de leur supérieure (parcequ'elles n'y sont pas accoutumées). Il faudroit écrire un volume pour vous expliquer tout ce qui fait nos démêlés depuis trois ans. J'ai employé tout ce qui m'a été possible pour la changer, et je n'ai appelé du secours que lorsque j'ai été à bout. Je vous ai consulté, vous l'avez condamnée; j'ai consulté M. Joly par vous; il m'a fortifiée; j'ai consulté le père de La Chaise, il ne la croit pas religieuse ; j'ai consulté M. l'abbé des Marais, qui trouve qu'elle a tort. Fortifiée par tous ces bons avis-là, j'ai été plus ferme à faire observer ce que ces messieurs ont cru bon, et voilà ce que madame de Brinon n'a pu souffrir. Tout s'est passé à merveille pendant ses voyages et pendant ma maladie, mais à son retour de Bourbon, tous les troubles sont revenus. J'ai donc pris là-dessus ma résolution et je l'ai mandé à madame de Brinon qui est de l'ôter tout à fait, ou de la laisser faire. J'ai mis cette décision au jugement de gens de bien et j'en attends en paix la décision, résolue à m'y soumettre malgré toutes les raisons que je crois avoir. Si on me conseille d'ôter madame de