LETTRE CLIV
LE PÈRE BOURDALOUE A MADAME DE MAINTENONS
Novembre 1688.
Madame , je demeure d'accord avec vous qu'une dévotion qui ne consisleroil que dans un certain arrangement seroit quelque chose de bien superficiel, et dont vous ne devriez être nullement contente; car quoique l'arrangement soit bon, surtout jusqu'à un certain point, et qu'il ne faille pas le négliger, il doit pourtant supposer un fond plus solide, et ce fond doit être en vous un amour véritable da la pénitence , un parfait détachement de vous-même, un zèle ardent de la gloire de Dieu, une charité tendre pour le prochain, une humilité sincère, un attachement inviolable à nos devoirs même les plus pénibles, une entière soumission aux ordres de la Providence, une préparation à tout souffrir, et aux autres choses que je pourrois ajouter. Or tout cela se peut pratiquer dans les états mêmes où votre arrangement viendroit à cesser; car il est évident, par exemple, que dans la maladie une partie de cela, pour peu qu'on soit fidèle à la grâce, se pratique non-seulement aussi bien, mais mieux et avec moins de mélange d'amour-propre que dans la santé.
Servez-vous donc des lumières que Dieu vous donne sur ce point, et, profitant de votre expérience propre, faites- vous un plan de direction qui