‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon: publiée pour la première fois sur lesChapitre 175 sur 359 · LETTRE CLXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXIX

NOTE PRÉLIMINAIRE

Voici la première des lettres de Godet des Marais à madame deMaintenon.CesJettres sont très-nombreuses. Elles ont été recueillies par l'abbé Berthier et forment le neuvième volume delà collection de La Beaumelle, dans l'édition d'Amsterdam. On les trouve toutes dans les Manmcrits des Dames de Saint'Cyr. Je ne donnerai qu'un petit nombre de ces lettres, parce qu'elles sont presque toutes des lettres de direction, renfermant peu de renseignements historiques, et qu'elles n'apprennent presque rien sur madame de Maintenon, si ce n'est sa dévotion sévère, sa soumission aveugle à son directeur, sa patience extrême à recevoir des instructions pieuses et sensées sans doute, mais fatigantes, minutieuses, et plus propres à une carmélite qu'à la femme de Louis XIV. Cependant j'en mettrai quelques-unes, parce que l'on connaîtrait mal madame de Maintenon si on ne la voyait dans cette intimité fastidieuse de la direction et du confessionnal. D'ailleurs, ces lettres ont souvent une grande importance historique.

« L*abbé Godet des Marais, disent les Mémoires des Dames de SainUCyr, étoit un homme de condition et de distinction très-savant, très-pieux et très-zélé; il demouroit au séminaire Saint*Sulpice et s'occupoit du matin au soir à toutes

dix-neuf ans, le duc du Maine était donc encore un écoi l'on fournissait des (ins de lettres?

les fonclions ecclésiastiques; il prâchoit, confessoît, catéchisoit, dirigeoit, alloit visiter les malades et les prisonniers, donnait tout son bien aux pauvres, pendant qu'il se refusoit tout à lui-même; ce qui est si vrai, que Manceau, intendant de madame de Hainlenon, étant allé un jour chez lui, fut fort étonné de ne voir dans sa chambre, pour tous meubles, qu'un méchant lit, une chaise de paille, un pupitre sur lequel il y avoit la sainte Bible et une carte de Jérusalem airtachée â la muraille. Le plus bel ornement de celte chambre étoit un clavecin dont il jouoit quelquefois pour se délasser l'esprit. » Sur la renommée de sa vertu, madame de Haintenon l'envoya chercher dans sa retraite pour faire des confessions extraordinaires à Saint-Cyr. L'abbé des Marais ne vint qu'avec répugnance, et, dès ses premières visites, il s'alarma de l'éducation mondaine que madame de Haintenon avait établie dans cette maison, y fit cesser les représentations d'Esther, el travailla à sa réforme et à sa transformation en monastère, II prît dès lors un ascendant marqué sur madame de Haintenon, et lorsque celle-ci, obligée de se priver de labbé Gobolin à cause de son A^e el de ses infirmités, eut d'abord consulté Bourdaloue et Fénelon, elle le prit pour directeur el en fil, dit Saint-Simon, lo dépositaire de son cœur et de son âme, pour qui elle « n'eut jamais rien de caché. B Elle lo Gt nommer évoque de Chartres en 1690,

L'influence qu'exerça des Marais sur madame de Haintenon ne fut pas de tous points heureuse. Cet homme, d'une charité et d'une austéritë vraiment évangëliques, avoit un esprit assez élroit et des ^'ues bornées. Il s'attacha trop, et nous le verrons par ses lettres, à faire do madame de Maintenon une femme occupée uniquement de son salut et de celui du roi, passant sa vie en pratiques de piéli^ ou en discussions ecclésiastiques; il en Gt trop l'instrumenl du clergé, la femme d'affaires des évèqucs, el en quelque sorte une rnére de V Enlise.

Godet desMarais mourut en 1709. - —

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