M. L'ABBÉ DE FÉNELON A MADAME DE MAINTENON K
Janvier 1690.
Je remercie Dieu de la lumière qu'il vous donne sur les choses qu'il a à détruire en vous, mais comptez qu il ne vous montre pas encore tout ce qu'il vous montrera ; c'est par un acquiescement continuel et sans réserve à tout ce que vous connoissez, et même à tout ce que vous ne connoissez pas, que vous deviendrez capable de cette lumière intime qui développe peu à peu le fond de l'âme à ses propres yeux, et qui lui apprenne de moment en moment ce que Dieu veut d'elle : toute autre lumière ne montre que lasuperficie du cœur. Atout cela, vous n'avez rien à faire que d'être simple, petite et souple, attendant le signal divin pour chaque chose, et ne différer jamais par retour sur vous-même, dès qu'il paroît; tout se réduit là ; vous verrez que c'est la plus étrange mort de tout l'homme, et c'est dans la perle de la volonté qu'on laisse ainsi éteindre tous les restes de la vie propre. Dieu se sert maintenant des diflicultés du dehors, mais il vous console et vous soutient par le dedans; pcut-êlre verrez-vous dans la suite que le dehors est bien foihie en comparaison du dedans pour crucifier une âme qui est déjà vertueuse cl désintéressée. Allez toujours, je ne dis pas votre chemin, car il n'y en a point pour vous; il vous faut marcher