L'ABBÉ DE FÉNELON A MADAME DE MAINTENONS
Le jeudi saint, ce 12 avril 1691.
 juger des choses humainement, on devroit vous estimer heureuse d'aller rejoindre la personne dont la séparation vous a si sensiblement affligée ^; mais,
1 , Manuscrits des Dames de Saint-Cyr,
2. Madame dcMaintenon devait partir le lendemaia pour Compiègne, où elle allait rencontrer le roi.
selon Tesprit de TÉvangile, les jours d'affliclion sont meilleurs que les jours de joie, et il faut plus de vertu pour bien user des consolations humaines, que des peines et des souffrances. Je prie Notre- Seigneur qu il soit toujours en tout temps le maître absolu de votre cœur, et je le bénirai, surtout lorsque je verrai qu'il prendra soin de vous marquer au coin de la croix : c'est le caractère des élus.
LETTRE CCLVI (La B.)
A Versailles, ce 1 5 avril 1691.
Dieu bénit les armes du roi; Mons est pris, Nice est rendu. Le roi sera bientôt ici; Vaubanet M. de Boufflers sont associés à sa gloire : ils ont fait des dispositions admirables; ils ont fait plus; ils ont empêché les mousquetaires de se faire tous tuer^. M. de Courtenay avoit souhaité de mourir sous les yeux du roi; il est mort^. Consolez-vous, ma chère comtesse, de
1 . Cette lettre ne se froiive que dans la eolleclion de La Beaumelle (t. H, p. 26 de Tédit. de Nancy.), Louis Racine l'apostille : m*est inconnue. La date seule démontre que la lettre est inventée : le 15 avril, madame de Maintenon était non pas à Versailles y attendant le roi, qui sera bientôt icit mais à Compiégne, où elle était allée au-devant de lui.
2. Les mousquetaires n'eurent pas de rôle important dans le siège de Mons. Il y en eut seulement quelques-uns de tués à Tattaque d'un ouvrage. (Voir le Journal de Dangeau, t. III, p. 314.)
3. Le Gis du prince de Courtenay, âgé de vingt-deux ans, fut en effet tué à la prise d'un ouvrage à cornes que le rgi fit enlever sous ses yeux.
la perte de M. de Villermont^; le roi Ta fort regretté, et madame de Villermont verra que ces regrets ne sont pas stériles. On m'a écrit d'Italie des miracles deL***^ ; il est très-bien avec M. de Catinat; écrivez-lui que vous me répondez de lui; je crains bien qu'il n'ait pris un vol qu'il ne pourra soutenir, et que le roi n'ait à me reprocher d'avoir appuyé un joueur, et de l'avoir présenté comme un homme de mérite, parce qu'il est de mes parents. Adieu, ma très-chère ; j'ai vu encore aujourd'hui l'abbé de Fénelon; il a bien de l'esprit; il a encore plus de piété ; c'est justement ce qu'il me faut'.