Manuscrits des Dames de Saint-Cyr
dites souvent dans cette octave, à Tintention de ce toujows : Tous les sainls de Dieu, priez pour moi. N'oubliez pas la reine des saints qui vous aime singulièrement, ni voire patron, ni votre bon ange, et ceux du roi et de TÉtat.
Ob ! que ces grands saints prieront de bon cœur pour vous ! pour la mère des pauvres, pour la protectrice du clergé, pour celle qui aime uniquement rÉglise au milieu du monde, pour celle enfin que Dieu a préparée au soulagement du peuple, à la sanctification du roi, et pour être à la cour le modèle des grandes vertus, le canal des bons conseils et des maximes évangéliques devant ceux qui les regardent comme une folie ^ Lisez peu, écrivez encore moins tant que votre foiblesse durera ; contentez-vous de vous faire lire quelque chose de court, tous les jours un chapitre de V Imitation ou du Nouveau Testament, un des psaumes, ou de quelques lettres de saint François de Sales touchant Tétat où vous êtes, ou de quelque autre livre de piété. Ne faites que des prières courtes, mais élevez souvent votre cœur à Dieu; dites-lui que vous Taimez toujours, cela soulage, et fait un grand plaisir à votre souverain Maître, car il ne veut que votre amour. Ne faites aucune difiSculté de prendre vos aises quand vous pou^ vez vous soulager, vous êtes si souvent mal à votre aise, que je vous crois cette liberté très-nécessaire pour ne pas succomber.
1. On voit que l'évèque de Chartres, malgré son austérité, ne ménageait pas les compliments et les flatteries à madame de Maintenon.
312 CORRESPONDANCE GÉNÉRALEr
Communiez comme vous faites, sans règle, et selon que voire santé le permet ; amusez-vous quand même vous n'y prendriez pas grand plaisir; votre santé ne reviendra que par là, et quoi que vous disiez, je crains que les classes de Sainl-Gyr, jointes à vos autres applications, ne vous aient fort incommodée.
Continuez à faire de bonnes œuvres selon qu'elles se présenteront à vous, voilà votre grande prière; elles ont une voix puissante qui se fait entendre aux oreilles de Dieu, et c'est une pluissante intercession pour obtenir la persévérance. Du reste, soyez en paix j la mort sera un passage pour aller à votre Père, à votre famille, et à votre vraie patrie ; elle n'a point d'aiguillon pour vous, car l'aiguillon de la mort, c'est le péché.
LETTRE CCLXVl
L'ÉVÈQUE DE CHARTRES A MADAME DE MAINTENON
29 noTetnbre i69(.
Il m'est venu une pensée, madame, et il me semble que je dois vous l'expliquer comme elle me vient.
Je crois que vous feriez un grand bien au roi, si vous pouWez gagner sur lui de lui faire faire avec vous une espèce d'oraison dans les moments où vous le trouvez libre et touché. Cette espèce d'oraison devroit être courte, très-simple et très-proportionnée à son état d'inapplication ; je voudrois seulement
] • Manuscrits des Dames de Saint-Cyr,
A MADAME DE MÀINTENON (1691). 313
raccoutumer à regarder Dieu sous Tidéequilc frappe le plus, comme de grandeur ou de miséricorde, et surtout de le lui faire chercher familièrement au dedans de soi .
Ces personnes-là passent souvent leur vie sans connoitre, sans goûter Dieu, et ^ns s'unir à lui, parce qu'elles le regardent comme un objet étranger dans une distance infinie.
Il faut tâcher de leur rapprocher cet objet, et de leur apprendre qu'on Ta et qu'on le porte toujours au dedans de soi, et qu'ainsi il n'y a qu'à rentrer en soi-même avec une simplicité et une confiance d'enfant pour le trouver.
Si vous pouvez parvenir une seule fois à lui faire trouver Dieu dans ses propres fonds, il goûtera la manne cachée, et se dégoûtera des oignons d'Egypte. Dieu se communiquera peu à peu à lui, et fera par une touche secrète du cœur ce que les plus fortes instructions ne sauroient faire sur un esprit inappliqué.
Essayez-le, madame, je vous en conjure, sans écouter la sagesse humaine, et vous abandonnant avec petitesse au pur esprit de Dieu.
La vraie manière de faire cet essai est de vous accommoder à la foiblesse d'une âme qui n'a jamais senti Dieu. Gomme vous savez que le prophète se raccourcissoit sur l'enfant qu'il vouloit ressusciter, pliez-vous, raccourcissez-vous, faites-vous petite.
Faites cette oraison avec lui en supprimant les raisonnements qui le lasseroient bientôt; la longueur de trois Miserere^ la première fois, suffira.