‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon: publiée pour la première fois sur lesChapitre 290 sur 359 · LETTRE CCLXXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXXI

A MADAME DE VEILHANT ».

Dînant, 29 mai 1692.

Si on pouvoit en conscience souhaiter une religieuse hors de son couvent, je voudrois vous voir pour quelque temps dans les places de guerre par où nous passons présentement, et si on pouvoit se changer, je prendrois pour ce temps^lk cette humeur martiale qui vous fait aimer la poudre et le canon. Vous seriez ravie, madame, de ne sentir que le tabac, de n'entendre que le tambour, de ne manger que du fromage^ de ne voir que des bastions, demilunes, contre-escarpes, et de ne toucher rien dont la grossièreté ne soit fort opposée à cette sensualité au-dessus de laquelle vous êtes si élevée par votre courage et par vos inclinations. Pour moi qui suis très-femmelette, je vous donnerois volontiers ma place, pour travailler en tapisserie avec nos chères Dames ; j'espère que j'aurai cette joie bientôt, et que Namur aimera mieux se rendre que de se faire entièrement ruiner.

Vous ne pensez qu'à la guerre, vous ne me ditespas un mot ni de la retraite, ni de votre santé. Je suis trop bonne après cela de vous dire que le* roi est en parfaite santé, quoique avec un peu degoutte, et que de son lit, où il est retenu depuis deux jours, il donne ses ordres pour le siégo-

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