AVOCAT GÉNÉRAL AU PARLEMENT, A PARIS
A Satnt-Cyr, cè 9 septembre 1692.
J'apprends, monsieur, que M. d*Arbou ville a marltrailé de coups de bâton un fermier de Tours qui est de la dépendance de Saînt-Dcnis, et par conséquent présentemenl du bien des Dames.de Sainl-Louis. I^ur maison doit être protégée par toute la noblesse du royaume, bien loin d'en être insultée ; et je suis surprise qu'un homme de qualité, lieutenant du roi, et si près d'un roi aussi juste que le nôtre, soit capable d'un tel emportement. Mais, monsieur, il est, à ce qu'on m'a dit, votre parent, et c'est assez pour que je n'en demande justice qu'à vous, et en même temps que je vous supplie, monsieur, d'être persuadé que je vous honore infiniment, et que je suis votre très-humble et très-obéissante servante.
LETTRE CCXCI
A MADEMOISELLE D*AUBIGNÉ «
Le s (XAobre 1692»
Je sais, ma chère nièce, qui c'est qui me rend de mauvais offices auprès de vous, et qui a été vous mander quelque mot qui me sera peut-être échappé
1. Manuscrits des Dames de Saint-Cyr, ^ Manuscrits des Dames dé Saînt^Cyr,
A UADEUOIiiELLE D'aUBIONÉ (1693). 447
sur voire ruban noir. Il est vrai qu'il Taui qu'on ait une grande ronliancë en vous, car ce corps des nôtres ' n'a pas encore été entamé, et j'ai assez témoigné le déplaisir que j'en aurois si cela arrivoit. Il faut que les noires soient d'une fidélité et d'une exactitude incorruplililes, sous quelque prétexte que ce soit.
Dites, s'il vous plaît, ï madamfi de Fontaines que madame de V... n'est pas si aisée â irouver qu'elle pense; je m'en suis déjà informée. J'embrasse votre mignonne; nous allons avoir bien des affaires, elle, vous et moi allons gouverner toute la maison^. Madame la supérieure vous expliquera cet endroit si vous ne l'entendez pas.
Dites à mademoiseIti3 de Tigny ^ que le roi a donni? une belle abbaye à son oncle, el une très jolie maison*. Assurez toute la rommunauté de mou amitié et de l'impatience que j'ai de la revoir. Je sais enrouée, mais ce ne sera rien. Je n'écris qo'i vous, car je ne doute pas que vous ne fassiez trÈs-bien mes commissions.
Priez Dieu pour moi, je le prie souvent pour vous. Votre père sera ici demain. Je vous embrasse, ma
1 . Uh noirei élalnt du denutUellM d'élite qui sid>ieDt wil let tuatlrestet dm claues, loil loi officitret. (Voir la Kaiion tonale de Saiat-Cyr, p, ITï.)
3. Parce que UmMHni.dinmlfilretraïutDraée an nonartirc, kt JMiaea allaient fiirg ■oiunltM t un nouveau aovIeUt.
3, D'AubigDé de TIgny, deaioiscile de Saiiu-C;r.
4. L'abbajedelaVIcioire, «uprti de Chaotlllj. L'onule de œa- 4mobeUa de Tlpif Malt 1'at.bë d'Aoblgnr ou d'AabteaA. depiria fttqne de Nojoo, puis srcheTêque de Rouen. Noua en parieniiu pliH loin.
chère nièce , en voas souhaitant le seul bonhear : mandez-moi ce que c'est*
LETTRE CCXCII
A Fontainebleau, ce 14 octobre 1692.
Puisque vous voulez bien que je me serve d'une autre main que la mienne, je vous écrirai un peu plus souvent. Si vous voyiez de près toutes les écritures inévitables que j'ai à faire, je suis assurée que vous m'excuseriez. Saint -Cyr prend tout mon temps, et les affaires n'y ont jamais été si vives qu'elles sont présentement. Ce n'est point par oubli que vous ne recevez point de mes nouvelles, et je vous assure que Tinquiétude que vous me témoignâtes dans mon cabinet ne vous a rendu qu^un bon office auprès de celui qui en est la cause. Toutes nos victoires me font d'autant plus de plaisir qu'elles ne changent point le cœur du roi sur ses bonnes intentions pour la paix. Il connolt la misère de ses peuples, rien ne lui est caché là -dessus; on cherche tous les moyens de la soulager, et il n'y a qu'à désirer que Dieu éclaire nos ennemis sur la folle assurance qu'ils ont d'abattre la France. On les battra partout, c'est la cause de Dieu que le roi défend. Vous seriez bien contente si vous voyiez la modération du roi, et combien il est persuadé que les avan-
< . Mûnuêcrits des Dames de Saint-Cyr.
tages qu'il remporte viennent de Dieu. Je prie madame Trioche^ de redoubler ses instances pour la paix, car je vous avoue que je n'aime nos avantages que dans cette vue-là.
Je vous plains d'avoir perdu un aussi agréable commerce que celui de madame la duchesse de Brunswick, mais il faut vous consoler par les espérances de rétablissement de mesdames ses filles ^.
Je suis toujours très-contente de madame la duchesse du Maine, et toute prête à vous mener M. son mari quand je serai à Versailles. Adieu, ma très -chère; je ne puis changer pour vous, vous m'offensez d'en douter, et mes amis doivent m'excuser quand je ne leur donne pas un temps qui n'e&t plus à moi. Je parlai l'autre jour un quart d^heure à mon frère ; il y a plus de trois ans que cela ne mé^ toit arrivé. Je vous conjure de faire prier vos bonnes amies pour ce qui se va faire à Saint-Cyr' ; vous en connoissez la conséquence mieux que personne. Oserois-je assurer ici votre princesse de mes très-humbles.respects?