Manuscrits des Dames de Saint-Cyr
2. A cause de l'état des ai&ires : le royaume était épuisé par la guerre el la misère publique était extrême.
plus nécessaire et plus méritoire en ce temps*là, quoiqu'elles soient sans le sentiment ordinaire de la dévotion que Ton goûte dans les autres temps. Que votre prière ordinaire ou vos élévations de la journée soient cette demande que Notre-Seigneur nous a apprise : Que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel. Espérez en Dieu souverainement; n'a-t-il pas tourné toutes choses pour votre salut? Vous seriez une ingrate bien coupable si vous hésitiez un moment.
Tout ce qui arrive, hors le péché, vient de lui; souvenez-Tons de ces paroles du Sauveur à saint Pierre : ce Ne voulez-vous pas que je boive le calice que mon Père m'a envoyé?» Abandonnez à Dieu le soin de l'avenir, et faites au temps présent ce que vous connottrez que Dieu demande.
LETTRE GCCXXII (U B.)
NOT£ PRÉLIMINAIRE
Il n'y a pas de lettre importante de madame de Maintenon avant le mois de juin. La Beaumelle a rempli cette lacune par une lettre qu'il invente, et dans laquelle il fait instruire madame de Saint-Gëran par madame de Maintenon de la disposition des armées au commencement de la campagne de 1694. Louis Racine annote cette lettre : Elle m'est incori' nue. (Édit. de Nancy, t. I, p. 43; édit. d'Amsterdam, t. II, p. 140.)
On lit dans le Journal de Bongeau : « MM. les maréchaux de Yilleroy et de Joyeuse serviront en Flandre sous M. de Luxembourg ; le maréchal de Boufflers commandera l'armée de la Meuse; le maréchal de Ghoiseul servira en Allemagne
SOUS lo maréchal de Lorges ; le maréchal de Catinat commandera en Piémont, et le maréchal de Noailles en Roussillon. »
C'est d'après cette disposition des armées que La Beaumelle fait dire à madame de Maintenon les niaiseries qu'on
va lire :
A Versailles, ce 14 avril 1694.
M. de Noailles m'a promis une campagne brillante. Il m'écrit^ qu'il vaincra les ennemis du roi et les siens. Comme il m'a jusqu'ici tenu parole, je compte fort sur ces deux victoires. M. de Luxembourg ne sait pas fuir; il gagne des batailles par habitude, et prend des villes en badinant^. M. de Joyeuse et M. de Lorges ont de la bravoure, et, à ce qu'on croit, de la capacité. Je crois que le roi n'estime pas beaucoup le prince de Bade, et que le roi est bon juge. Ainsi, je suis plus tranquille que vous ne pensez. Il est vrai que je souhaite ardemment la paix ; mais on me connolt bien peu, si l'on s'imagine que je la préfère à la gloire du roi. Ce n'est pas moi qui l'empêche d'aller en Flandre. Je l'y suivrois avec plaisir. Une réflexion de madame du Lude, où je ne suis pas entrée, a rompu ce projet', et je vous avoue que je n'en suis pas fâchée. Quelle gloire acquerroit-il à battre le prince d'Orange, si accoutumé à être battu ?
1 . Le Journal de Dangeau témoigne que le maréchal n'était pas encore parti de Versailles.
2. Madame do Maintenpn n*ayait pas assez d'esprit pour dire cela. 3« Gomment une réflexion de madame du Lude pouvait-ene
rompre les plans de campagne de Louis XIV? D'ailleurs, dès l'année précédenle, le roi avait résolu de ne plus paraître à la tète des armées : « Mes généraux font mieux que moi, » disait-il aux Dames de Saint-Gyr«
LETTRÉ CCCXXIII (La B.)
NOTE PRÉLIMINAIRE
A cette époque, les doctrines quiétistes de madame Guyon avaient été introduites à Saint-Cyr et y jetaient le plus grand trouble : « On n*y parloit plus, disent les Dames dans leurs Mémoires, que de pur amour, d'abandon, de sainte indifférence, de simplicité, laquelle on mettoit à se bien accommoder en tout pour prendre ses aises, à ne s'embarrasser de rien, pas môme de son salut. De là vint cette prétendue résignation à la volonté de Dieu qu'on poussoit à consentir aussi franchement à sa damnation qu'à vouloir être sauvée, etc.* »
L'évoque de Chartres fut averti de ces nouveautés, et il on parla à madame de Maintenon, qui fut toute surprise de voir « que ce qu'elle avoit trouvé bon fût traité d'erreur. » Comme madame Guyon se gardait bien avec elle de parler d'extases, de visions et de toutes ses extravagances mystiques , elle ne voyait aucun mal dans ses livres. Dès les premiers mots de l'évêque, elle ouvrit les yeux, le pria de rechercher et de poursuivre l'erreur à Saint-Cyr et sacrifia sur-le-champ madame Guyon, qu'elle éloigna de cette maison. La Beaumelle a inventé sur ces faits la lettre suivante :
Ce 12 mai 1694.
J'ai eu pendant deux mois une copie de Vexplication du Cantique des cantiques. Il y a des endroits obscurs, il y en a d'édifiants, il y en a que je n'approuve en aucune