‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon: publiée pour la première fois sur lesChapitre 86 sur 359 · C. DE CAYLUS · texte numérisé non relu

C. DE CAYLUS

J'avois prié la comtesse de Caylus de vous supplier de la ramener jeudi, mais puisqu'elle ne peut aller à Paris, je vous supplie, madame, que je ne perde point la visite que vous m'auriez faite et que j'attendrai vendredi à dîner.

HAINTENON.

LETTRE CV (La B.)

NOTE PRÉLIMINAIRE

Cette lettre ne se trouve qne dans la collection de La Beaumelle (édit. de Nancy, 1. 1, pu 242 ; ëdit. d'Amsterdam, t. II, p. 129). Louis Racine Tannote : m*esi tmonime et tréisuspecte. Elle est inventée.

n est vrai que, vers la fin de juillet, madame de Maintenon alla dans sa terre pour visiter les travaux de l'aqueduc de l'Eure, auxquels trente mille hommes étaient occupés; mais elle n'a pas pu dire : « C'est un beau spectacle que de voir une armée entière travailler à l'embellissement d'une terre. » L'aqueduc que Ton construisait à travers la vallée de Maintenon se trouvait passer dans le parc à trois cents pas du château, et loin d'être destiné à embellir cette terre, il la dévastait sans pitié. En effet, il ne s'agissait pas seulement d'y établir une triple série d'arcades qui devaient s'élever au nombre de 632, sur une longueur de 4,600 mètres et une hauteur de 72; mais il fallait amener sur les lieux la prodigieuse quantité de pierres et de matériaux nécessaires pour ce gigantesque édifice, et Yauban, avec son génie inventif, avait coupé et bouleversé le parc par une série ingénieuse de canaux, de digues, de levées qui permirent en moins d'un

an de construire le premier étage des arcades, le seul qui ait été achevé et dont les ruines existent encore. Madame de Maintenon expropriée, comme nous dirions aujourd'hui, pour cause d'utilité publique, ne se plaignit pas, mais elle avait droit à un dédommagement, et le roi lui donna la terre voisine de Grognol, qu'il acheta 320,000 livres.

L'objet des travaux de l'aqueduc de Maintenon était patent, avoué et digne d'éloges : c'était de conduire l'Eure, à partir d'un point où elle se trouve à plus de trente mètres au-dessus de la cour de marbre de Versailles, pendant vingt-cinq lieues, jusqu'à cette ville,- qu'on eût dotée ainsi d'une rivière navigable ^ Le plan en fut congu par Louvois, Yauban, Ghamlay, De ville, La Hire, etc.; c'eût été le plus grand ouvrage du règne de Louis XIV« La guerre de 1688 empêcha seule de le mener à fin, et non pas la mortalité qui décima les ouvriers, et que Saint-Simon a si étrangement exagérée. Cet ennemi de madame de Maintenon, qui avait alors douze ans, prétend que ces travaux n'étaient qu'un caprice de Louvois et de la favorite ; tous les historiens ont répété cette calomnie, et La Beaumelle s'en est fait l'écho dans la lettre apocryphe qui suit :

Muntenon, 28 juillet 1687.

Vous comprenez bien que je suis trop occupée pour vous écrire aussi au long que je le souhaiterois; M. votre neveu fut présenté au poi, qui me dit : « Je Tavan- « cerai avec le temps; qu'il. soit sage^. » Le père de La

1 . Voir le chapitre n du t. II de VHistoire de madame de Maintefion, par M. le duc de Noailles, où toute cette question est parfaitement élucidée.

2. Ceci est une fantaisie de La Beaumelle. Madame de Saint- Géran n'avait pas de neveu dansTÉglise, et elle aurait pu demander une grâce elle-même, car à cette époque elle était en faveur et ne quittait pas, pour ainsi dire, le carrosse du roi.

84 COBRESPOTJDANCE GÉDËRALE.

Gliaise n'a pu encore lui trouver rien de meilleur. Je TOUS remercie de grand cœur de ce qu'enfin vous m'avez offert l'occasion de vous rendre service ; disposez de ma faveur comme si elle ëtoitàvous. Les ouvrages de Maintenon sont fort avancés; la présence du roi n'y gâte rien^, c'est un beau spectacle que de voir une armée entière travailler iL l'embellisEement d'une terre 1 les deux montagnes se joindront par quarante-sept arcades, solidement bâties ; c'est, de l'aven de tout le monde, nn ouvrage digne des Romains et du roi. Tout cela me ramène souvent à cette réflexion : les hommes sont bien fous de se donner tant de soins pour embellir une demeure où ils n'ont que deux jours à loger*.

Page 1