‹ Correspondance généraleChapitre 81 sur 181 · Mercure: « son mausolée · texte numérisé non relu

Mercure: « son mausolée

2. Non seulement on m'avait dit que ce tombeau existait, mais j'avais lu les circonstances de ce que je rapporte ici dans je ne sais plus quel voyageur. Cependant, les raisons suivantes me font douter* de la vérité des faits,-:

1° Il me paraît que Scipion, malgré les justes raisons de plainte qu'il avait contre Rome, aimait trop** sa patrie pour avoir voulu qu'on gravât cette inscription sur son tombeau: cela semble contraire à tout ce que nous connaissons du génie des anciens.

2° L'inscription rapportée est conçue presque littéralement dans les termes de l'imprécation que Tite-Live fait prononcer à Scipion en sortant de Rome : ne serait-ce pas là la source de l'erreur ?

3° Plutarque raconte que l'on trouva près de Gaëte une urne de bronze dans un tombeau de marbre, où les cendres de Scipion devaient avoir été renfermées, et qui portait une inscription très-différente de celle dont il s'agit ici.

4° L'ancienne Literne ayant pris le nom de Patria, cela a pu donner naissance à ce qu'on a dit du mot patria, resté seul de toute l'inscription du tombeau. Ne serait-ce pas, en effet, un hasard fort singulier que le lieu se nommât Patria, et que le mot patria se trouvât aussi sur le monument de Scipion? à moins que l'on ne suppose que l'un a pris son nom de l'autre.

11 se peut faire toutefois que des auteurs que je ne connais pas, aient parlé de cette inscription de manière à ne laisser aucun doute : il y a même une phrase dans Plutarque qui semble favorable à l'opinion que je combats. Un homme du plus grand mérite, et qui m'est d'autant plus cher qu'il ei* fort malheureux***, a fait, presque en même temps que moi, le voyage de Patria^

' Mercure : « un peu douter... »> *• Mercure: « cependant trop... »

"• M. Berlin l'aîné, que je puis nommeraujourd'hlii. Il était alors exilé, et persécuté par Buonaparte pour son dévouement à la maison de Bourbon. {A'ole de Char teauhriand. Ed. de 1827.)

Quant aux Romains modernes, mon cher ami, Duclos me semble avoir de l'humeur lorsqu'il les appelle les Italiens de. Rome ' ; je crois qu'il y a encore chez eux le fond dune nation peu commune. Onpeut découvrir- parmi ce peuple, trop sévèrement jugé, un grand sens, du courage, de la patience, du génie, des traces profondes de ses anciennes mœurs, je ne sais quel air de souverain et quels nobles usages qui sentent encore la royauté. Avant de condamner cette opinion, qui peut vous paraître hasardée, il faudrait entendre mes raisons, et je n'ai pas le temps de vous les donner. -^

Que de choses me resteraient à vous dire sur la littérature italienne ! Savez-vous que je n'ai vu qu'une seule fois le comte Alfîeri dans ma vie, etdevineriez-vous comment?^ jel'ai vu mettre dans sa bière I On me dit qu'il n'était presque pas changé. Sa physionomie me parut noble et grave ; la mort y ajoutait sans doute une nouvelle sévérité ; le cercueil ^ étant un peu trop court, on inclina

Nous avons souvent causé ensemble de ce lieu célèbre ;* je ne suis pas bien sûr qu'il m'ait dit avoir vu lui-môme le tombeau et le mot (ce qui trancherait la difficulté), ou s'il m'a seulement raconté la tradition populaire. Quant à moi, je n'ai point trouvé le monument, et je n'ai vu que les ruines de la villa, qui sont très peu de chose.

Plutarque parle de l'opinion de ceux qui plaçaient le tombeau deScipion auprès de Rome;** mais ils confondaient évidemment le tombeau des Scipions et le tombeau de Scipion. Tite-Live affirmeque celui-ci était à Literne, qu'il était surmonté d'une statue, laquelle fut abattue par une tempête, et que lui, Tite-Live, avait vu cette statue.*** On savait d'ailleurs par Sénèque, Cicéron et Pline, que l'autre tombeau, c'est-à-dire celui des Scipions avait existé en efîet à une des portes de Rome. Il a été découvert sous Pie VI ; on a transporté**** les inscriptions au musée du Vatican; parmi les noms des membres de la famille des Scipions trouvés dans le monument, celui de l'Africain manque.

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