‹ Correspondance généraleChapitre 96 sur 181 · Chédieu de Robethon op. cit., p · texte numérisé non relu

Chédieu de Robethon op. cit., p

2. Autographe de la collection La Caille. — Bardoux M°i« de Custine^ p. 158. ,

i'28 2o septembre [1804].

A Fontanes.

Villeneuve-sur-Yonne, 3 vendémiaire.

Voilà un billet d'Artaud, mon cher ami. Faites ce que vous pourrez pour cette affaire ; mais surtout ne perdez pas le billet, à cause du style ; ce changement de ton, dans les gens dont j'ai à me plaindre, est trop remarquable pour négliger d'en conserver quelques preuves. Joubert vous dit mille choses et vous embrasse. Nous parlons de vous ; nous vous aimons autant que nous admirons votre talent, et c'est beaucoup dire.

Tout à vous, Gh.

A M. de Fontanes, président du Corps législatif, à Boulogne,

près de Paris. ^

iW , 9 octobre 1804.

A Guéneau de Mussy.

Villeneuve-sur- Yonne, 9 octobre 1804.

La nuit où vous avez passé à Villeneuve, mon cher ami, je ne dormois point et je pensois à vous. J'entendis le bruit de votre diligence, et je me dis que le petit corbeau de Bourgogne pourroit bien être là. Le lendemain Joubert et moi nous allâmes reconnaître la trace des roues, car vous savez que, selon Bernar-

i. OrifTinal autographe à la bibliothèque de Genève. — Pailhès Châteaubriand, p. 300. ^

din de Saint-Pierre, quelque chose de la personne qu'on aime reste dans l'air où elle passe. Le lendemain, je reçus votre lettre qui m'apprit que vous aviez été la veille à cinquante pas de nous ; vous jugez que nous croyons plus que jamais aux pressentiments.

Je pars pour Paris d'aujourd'hui en huit. J'y vais passer quinze jours, puis je reviens à Villeneuve pour le 4 novembre, jour fameux dans ma vie et dans celle de Joubert. ^ Ma femme reste ici à m'attendre ; nous ne retournerons à Paris que vers la fin de décembre, lorsque toutes les fêtes qui me sont des deuils seront passées.

Tâchez, mon cher ami, de travailler un peu dans votre Bourgogne. Vous ne sauriez croire combien la province et l'éloignement de tout ce qui blesse le cœur sont propres au travail. Ne perdez pas ce que la nature vous a si abondamment donné, c'est à dire le talent et la science. Mes conseils sont peu de chose ; ils ne vous feront pas faire mieux, mais ils vous feront faire jdZus, si vous les écoutez.

J'ai reçu un mot de Fontanes. Je ne sais rien de Clausel, que je verrai bientôt. Je n'ai point encore chassé ; j'ai un peu lu, rêvé, écrit. Je fais des projets de retraite absolue. Mes trentecinq ans viennent de sonner, le 4 de ce mois, à cette horloge qui ne marque jamais deux fois la même heure. Je songe que j'ai encore, tout au plus, autant d'années à languir dans le monde, que cela passe vite, et que tout ce qui m'afflige à présent sera bien peu de chose pour moi au dénoûment de la pièce. Gela me fortifie contre les vaines espérances, me jette dans une salutaire indiff'érence des événements, qui ne me sera jamais dangereuse, parce qu'il y a toujours un peu de chaleur au fond du cœur qui est dans ma poitrine. Ainsi je porte et pousse le temps, espérant vous voir, désirant vous embrasser, et vous mettant dans tous mes songes, quand ils valent la peine d'y mettre mes amis. Mille joies. Nous avons une vendange admirable, mais vous autres ^ros messieurs^ vous dédaignez notre petite Bourgogne. Ecrivez-moi

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