Manuscrits des Dames de Sainl-Cyr
A M. LE HABQUIS DE DANGEAU (4696). f23
protestations, et si les personnes solides ne doivent pas être aa-dessusdes formalités.
Il ne faut pas finir ma lettre sans vous parler du roi. Il a la goutte, dont il est bien fâché, parce qu'il est obligé de garder la chambre. Il veut la paix, et pense sur tout comme on le peut désirer; vous en seriez bien contente. Je vous aime toujours, priez Dieu pour moi, et faites prier que je me sauve malgré le mauvais air que je respire. Madame de Montcheîreail ne vous écrit-elle pas? Elle se sanctifie de plus e&plns. Nous avons peu gardé ici le roi et la reine d'Angleterre * ; Dieu n'a pas voulu leur laisser ce soulagement, il les traite en âmes fortes. Adieu, je ne pais vous quitter quand j'ai commencé.
LETTRE CDXXXVI
NOTE PRÉUHINATRE
Les deux lettres suivantes sont adressées à M. de Dangeau* Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, né en 1638, mort en 1 720, est Tauteur du précieux Journal publié par MM. Soulië et Dussieux, et que nous citons si souvent» (Voir la notice sur Dangeau qui se trouve à la tête de ce Journal.) Noas avons vu que le marquis de Dangeau avait été nommé chevalier d'honneur de la princesse de Savoie ; il était parti le 17 octobre avec les dames pour Pont-de-Beauvoisin, d'où il devait Tamener en France. Le comte de Brionne, de la maison de Lorraine, était chargé de la recevoir au nom du roi.
1. Ils s^ournèrcntà Fontainebleau du 10 au 26. Voir le /owrnal de Dangeau, t. VL
i24 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE.
a Le cortège arriva le 15 octobre à Pont-de-Beauvoisin et le 16 se fit la réception de la princesse. A peine eut-on si des nouvelles de son arrivée qu'on se mit en marche : 1» gardes du roi se portèrent jusqu'à la voie du milieu du pont en deçà, le carrosse du roi justement sur le milieu, la téU des chevaux tournée du côté de la France, M. le comte é Brionne, avec toutes les dames, avança aussi jusques à h moitié du pont. Madame la princesse de Savoie, après avoii reçu les adieux de toutes les dames et de tous les officier qui composaient sa cour, partit dans sa chaise, accompagné des gardes et des Suisses de M. de Savoie et de beaucou] de nobles. Lorsqu'elle arriva au milieu du pont, le pag) qui portoit sa robe la quitta, et un page du roi la prit. Se écuyers lui quittèrent la main, et M. de Brionne, à la lét des dames et de la maison du roi, la salua et lui ût son com pliment, en ayant été chargé par le roi. Il appela ensuit M. le marquis de Dangeau, et ensuite madame la duchessi du Lude et les dames du palais. Toutes ces cérémonies étan achevées, M. le comte de Brionne lui donna la main et 1 mit dans le carrosse du roi où toutes les dames euren l'honneur d'entrer. Toute la cour de Savoie fondoit en larmes Cette princesse arriva au logis qui lui avoit été préparé ai milieu d'un peuple infini... Elle y entra d'un air qui ne paru pas embarrassé. On lui présenta tous les officiers de la maison du roi; elle les reçut avec une grâce infinie, et leu parut dans tous ses discours et dans toutes ses manière beaucoup au-dessus de son âge. Elle est très-bien faite e des plus agréables. Elle a beaucoup de noblesse dans la phy sionomie, le teint beau et de très-belles couleurs, quoiqu naturelles. Elle a les yeux parfaitement beaux. Cette prin cesse joint à mille agréments des manières prévenantes e une vivacité d'esprit qui surprend, etc. » {Mercure d'octobre 1606).
Madame de Maintenon était fort amie de madame de Dan geau, et elle écrivit souvent au marquis pendant son voyag< pour avoir des nouvelles de la princesse de Savoie.
A M. LE HAROmS DE DANGEAU (4696). 125
A M. LE MARQUIS DE DANGEAU K
Ce 2i octobre i696.
Vous donnez d'agréables idées de la princesse, et nous avons une grande impatience de la voir. Vous savez, monsieur, faire toutes sortes de personnages : Tépée de diamants et le colîn-maillard en sont des preuves. Madame de Dangeau m'en parolt fort touchée, et elle a raison. Nos lettres ne peuvent être ni si longues, ni si bonnes que les vôtres, car nous n'avons qu'à attendre le mieux que nous pourrons la fin de votre voyage, que nous trouvons fort éloignée. Je ne crois pas avoir besoin de me servir de cette occasion pour vous assurer de l'estime et de la considération que j'ai pour vous, et je me flatte que vous n'en doutez pas.
LETTRE CDXXXVII
A M. LE MARQUIS DE DANGEAU «
Ce 26 octobre i696.
Il est vrai, monsieur, qu'on est ravi d'entendre parler de la princesse, et que tout ce qui revient de votre petite cour nous donne une grande impatience de la voir unie à la nôtre. Si la princesse ne se dément point, nous serons trop heureux d avoir à former un si beau et si bon naturel. Je suis ravie de savoir qu'elle est enfant, parce qu'il me semble que