Auiographe du cabinet de M. de Cambacérès
A M. L*ARCnEVÊQUE DE PARIS (1697). 163
lié et de mon crédit pour établir celte nouveaulé à la cour ^?
Le roi me parut disposé à parler franchemeul à M. le duc de Beauvilliers. S'il ne le fait pas dès demain, ce sera une grande marque du crédit de ce ministre.
Poussez M. d'Argenson, monseigneur, et failes-lui parvenir que nous le croyons gagné par les amis de madame Guy on.
Je vis hier madame la duchesse de Guiche, dont je fus très-satisfaite par rapport à ce que je irailai
1. Une lettre de la princesse Palatine (20 juillet 1698) répond à ces questions et semble donner l'explication vraie de cette triste affaire du quiétisme. On sait que cette princesse , quand la passion ne régare pas, est ordinairement clairvoyante, franche et sensée. D'ailleurs, étant à peu près incrédule , elle ne pouvait qa'ètre neutre et indilTérente entre les quiétisfes et leurs adversaires. « Je pensois bien, écrit-eHe en Allemagne, que le livre de M. de Meaux {Relation du Quiétisme) vous divertiroit. Selon ce que m*a conté M. de Meaux de vive voix sur l'aiTaire de madame Guyon, M. de Cambrai ne prend parti pour madame Guyon que pour cacher son ambition immodérée. Rien n'est plus certain : tout cela n'étoit qu'un jeu pour gouverner le roi et toute la cour. On avoit résolu de gagner madame de Maintenon, ce qui fut fait, afin d'être maître du roi. On a trouvé des listes eniières des charges à donner; ils vouloient changer toute la cour et distribuer tous les plus hauts postes à leurs créatures. La religion est ce qu'on avoit le moins en vue dans cette affaire ; mais madame de Maintenon voyant que M. de Meaux avoit découvert la fourberie, et qu'il pourroît y avoir un éclat, eut peur que le roi ne s'aperçût de la manière dont elle l'avoit mené ; elle vira donc de bord surle-champ, et abandonna madame Guyon avec tout son parti. Alors tout fut dévoilé. Je vous assure que toute cette querelle d'évêques n'a trait à rien moins qu'à la foi : tout cela est ambition pure... » {Lettres inédites de la princesse Palatine, publiées par M. Rolland, p. 185).
avec elle : il me parut qu'elle lenoit encore à m dame la duchesse de Morlemart ; mais il n'impor puisqu'elle ne la voit plus.
Je proposai hier de nommer un ambassadeur; y fera quelque réflexion ^
LETTRE CDLXIV
A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS «
Ce 31 mai 1697.
Le roi continuera ses aumônes et les fera remet entre vos mains pour en disposer comme il v( plaira. Je vais redoubler mes misérables prier pour demander pour vous , et pour ceux qui ti vaillent avec vous, toute la lumière qui vous nécessaire. Je n'ai osé, dans les deux visites c vous m'avez rendues , vous dire un mot sur vo douleur ^; j'ai appréhendé de vous attendrir et d faire autant. J'ai été, monseigneur, encore p affligée que je ne l'aurois cru, et j'ai senti vo juste peine avec une sensibilité qui convient i sentiments que j'ai pour vous. Ma nièce a été te
1. Presque toute celte lettre, dans La Beaumelle, est alti et chiffrée. Il n'y a pas trace de clii^res dans l'autographe. Beaumelle les a sans doute mis pour donner au texte un air n lérieux.