Uisiohe de Fénelon, pièces juslificallves du livre
aucun mot, dans les lettres que j*ai eu rbonneur d'écrire au roi et* à vous, qui tende à me plaindre de M. l'archevêque de Paris, ni à meltre en doute ses bonnes intentions sur la paix. Je n*ai qu'à me louer de lui sur les peines que je lui ai causées et sur les services effectifs qu'il a tâché de me rendre; mais on ne lui a permis de suivre aucundes projets qu'il avoit arrêtés avec moi pour l'explication de mon livre. Toutes les mesures prises entre nous ont toujours été renversées depuis six mois. Enfin il n'a pas été libre de discuter avec moi le détail de mon livre et de m'aboucher avec les théologiens qu'il a consultés avant que de rendre une dernière réponse au roi. Après une telle expérience, j'ai cru devoir lui demander deux choses : la première est un projet par écrit des paroles précises qu'on voudroit que je donnasse au public sur mon livre, pour examiner si je dois les accepter ; la seconde est d'être assuré qu'il ait un plein pouvoir pour finir avec moi en prenant le conseil des plus habiles docteurs. Il n'est pas juste qu'on tire de moi, par M. l'archevêque de Paris, toutes les paroles qu'on pourra tirer, sans s'engager réciproquement : après avoir fini avec lui, je serois à recommencer avec M. de Meaux. M. l'archevêque de Paris n'a pas jugé à propos de me donner par écrit un projet des paroles précises qu'on me demande : il m'a déclaré d'abord de vive voix, et puis par écrit, qu'il n'avoit aucun pouvoir pour me répondre d'aucune décision. Loin de me plaindre de lui, je le plains ; mais je suis encore plus à plaindre. Dans
cette situation, je ne sais plus à qui parler; il ne me reste , madame , qu'à demander la liberté de partir pour Rome. Je le fais avec un extrême regret, mais on prend soin de faire tout ce qu'il faut pour me jeter dans cette extrémité. Je ne puis donc cesser de faire au roi les plus humbles, les plus respectueuses et les plus fortes instances. Je ferai ce voyage avec défiance de moi-même, sans contention pour me détromper si je me trompe et pour trouver ce que je ne puis trouver en France, je veux dire quelqu'un avec qui je puisse finir. Il ne s'agit pas seulement de mon livre , il s'agit de moi qu'il faut détromper à fond du livre, s'il est mauvais. Pour le livre même, personne ne peut en défendre la cause que moi seul ; je n'ai ni ne saurai trouver personne qui voulût aller en ma place défendre une causa qu'on a rendue si odieuse et si dangereuse à soutenir. Voudroit-on rassembler toutes choses contre moi et m'ôter la liberté de me justifier? Si on veut supposer sans preuve que ma doctrine n'est que nouveauté et qu'erreur avant que l'autorité légitime l'ait décidé, on suppose ce qui est en question pour engager le zèle du roi à m'accabler. En ce cas, je n'ai qu'à adorer Dieu et qu'à porter ma croix. Mais ceux qui veulent finir ainsi l'affaire par pure autorité prennent le chemin de la commencer au lieu de la finir. Pour moi, madame, j'espère non de mes forces, mais de la grâce de Dieu, que je ne montrerai , quoi qu'on fasse , que patience et fermeté à l'égard de ceux qui m'attaquent, que docilité et soumission sans réserve pour l'Église, que zèle et atta-
chement pour le roi, que reconnoissance et respect pour vous jusqu'à mon dernier soupir ^
LETTRE CDLXXIII
A VersaiUes, 1 •' août 1 697.
Je partirai d'ici, madame, demain vendredi, pour obéir au roi. Je ne passerois point à Paris, si je n'étois dans l'embarras de trouver un homme propre pour aller à Rome et qui veuille bien faire ce voyage. Je retourne à Cambrai avec un cœur plein de soumission^ de zèle, de reconnoissance et d'attachement sans bornes pour le roi. Ma plus grande douleur est de l'avoir fatigué et de lui déplaire. Je ne cesserai aucun jour de ma vie de prier Dieu qu'il le comble de ses grâces. Je consens à être écrasé de plus en plus. L'unique chose que je demande à Sa Majesté , c'est que le diocèse de Cambrai , qui est innocent, ne souffre pas des fautes qu'on m'impute. .Te ne demande de protection que pour l'Église, et je borne même cette protection à n'être point troublé dans le peu de bonnes œuvres que ma situation présente me permet de faire pour remplir les de-
1. On lit dans \e Journal de Dangeau (t. VI, p. 165). « M. de Cambrai est parti de la cour pour retourner à son diocèse : il n*a pas voulu adhérer aux avis des évêques qui ont examiné son livre. Cette affaire-là sera jugée à Rome. Cet archevêque avait demandé au roi permission d'y aller; mais on n'a pas jugé à propos de lui permettre, m