‹ Correspondance générale publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscritsChapitre 201 sur 420 · LETTRE XXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXI

NOTE PRELIMINAIRE

Le roi, las de Topiniâtreté de M. de Çapabray à soutenir le quiétisme, et des lenteurs de la cour de Rome à condamner son livre, s'était décidé à sévir hautement contre les amis et les adhérents du prélat. « Le matin avant le conseil, dit le Journal de f)angeau, à la date du 2 juin, le roi fut assez longtemps enfermé avec M. de Beau vil liers, et le soir on sut que Sa Majesté avoit chassé de sa cour MM. les abbés de Langeron et de Beaumont, MM. Dupuy et de TÉchelle. L'abbé de Langeron était lecteur, l'abbé de Beaumont sousprécepteur, MM. Dupuy et de l'Échelle gentilshommes de la manche de monseigneur le duc de Bourgogne. On accuse ces messieurs d'être fort attachés «ux nouvelles opinions. L'abbé de Beaumont est neveu de M. l'archevêque de Cambrai. Le roi en même temps a cassé Fénelon, exempt de ses gardes, qui est frère de M. de Cambrai. » (T. VI, p. 356.) Saint- Simon prétend que MM. de Beauvilliers et de Chevreuse furent sur le point d'être disgraciés, que madame de Maintenon voulait mettre à leur place MM. de Noailles, mais que

ce dessein manqua par Topposition de l'archevêque de Paris (Voir t. III, p. 182); il n'y a pas trace de cela dans les écrits du temps; la cause première de ce bruit, madame Guyon, fut mise à la Bastille.

Pendant ce temps M. de Meaux se préparait à écraser Fénelon, comme il le disait lui-môme, avec une meule de moulin. Le 26 juin il vint à Marly, et présenta au roi son livre intitulé : Relation du Quiétismej dans lequel il jette le plus parfait ridicule sur madame Guyon, ses opinions et ses adhérents. « C'est une forte condamnation, dit Dangeau, de tout le procédé de M. de Cambrai dans cette affaire. M. de Meaux donna ce livre à beaucoup de courtisans qui sont ici ; le roi en parla à sa promenade, et dit qu'il n'y avoit pas un mot dans ce livre qui ne fût vrai... » Nous allons voir comme en parle madame de Maintenon.

Quant à la part qu'elle eut à la colère du roi, elle ne dit pas tout dans cette lettre, et les Notes des Dames de Saint- Cyr nous apprennent qu'il ne la ménagea pas sur son amitié aveugle pour Fénelon : il la blâma vivement « de lui avoir fait nommer évéque un homme qui pouvoit former dans sa cour un grand parti; » il douta d'elle, et ses reproches furent « si amers, dit Languet de Gergy, qu'elle avoua n'avoir jamais été si près de la disgrâce. » Ce fut le seul nuage qui troubla cette union de trente ans; mais il fut assez fort pour que madame de Maintenon en tombât malade. Louis XIV se radoucit, et un jour qu'il la trouvait pleurant dans son lit, il lui dit tendrement : «Eh bien! madame, faudra-t-il que nous vous voyions mourir pour cette affaire-là ? »

Je renvoie pour dernière explication de cette triste affaire du quiétisme à la note de la page 163.

A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS*

29 juin 1698.

Je ne sais, monseigneur, si je pourrai finir cette lettre ; mais je sâis bien que voici le premier moment

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