Autographe du cabinet de M. de Gambacérès
A M. l'archevêque DE PARIS (4G98). S6l
dans les années suivantes, et que son prédécesseur avait solennellement approuvé. C'était l'œuvre du père Quesnel, prêtre de l'Oratoire, retiré en Hollande auprès de M. Arnauld, et regardé comme l'un des chefs du jansénisme. QuandM.de Xoailles eut été élevé au siège de Paris, on discuta le livre qu'il avait si chaudement recommandé, et l'évoque de Chartres, le directeur si intime de Madame de Maintenon, en prit l'un des premiers l'alarme. « 11 fit examiner le livre, dit Languet de Gergy, par plusieurs docteurs , et ceux-ci en firent un extrait de deux cents propositions qu'ils jugèrent répréhensibles... Il ne laissa pas ignorer à M. de Paris contbien l'approbation des Réflexions morales le rendoit suspect à ceux qui avoient de l'horreur pour la doctrine du jansénisme. L'archevêque ne put se résoudre à toucher à un livre qu'il avoit approuvé si solennellement; il sut même mauvais gré de ces avis aux jésuites qu'il croyoit être la cause des soupçons qu'on formoit contré sa doctrine... » {Mémoires, p. 413.)
Nous allons voir que ces soupçons couraient déjà dans le public, et que madame de Maintenon en avertit le prélat.
A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS »
Fontainebleau, 13 octobre 1698.
J'allai hier à Melun voir une fille^ qui a été à Saint- Cyr et qui est présentement fille de la Visitation. Elle me parla un moment de M. de Cambrai qu'elle a connu, et tout de suite elle me tint ce discours : {( A propos de nouveautés, on dit que le roi et vous (( vous avez été bien trompés sur M. l'archevêque
2. Madame de Monfort. Ce fut l'une des premières Dames de Saint-Louis; mais elle se relira, après quelques années, aux Filles de la Visilation. Madame de Maintenon lui a écrit un grand nombre de lellres qu'on trouvera dans les Lettres hist, etédif,, 1. 1,
« de Paris , qu'il est janséniste et le protecteur de « tous ceux qui le sont; qu'il ne se coiitente pas de a permettre la lecture de leurs livres, mais qu'il les « conseille ; qu'il n'est pas permis aux pénitents du « père de La Tour d'avoir d'autre Nouveau Testament « que celui du père Quesnel ; qu'il y a une comma- « naulé de Sainte-Agathe, formée par M. l'arche- (n véque, toute remplie des maximes et des pratiques « de ces messieurs; qu'il fait renverser le bréviaire c( pour ôter la Madeleine, parce que ces messieurs « le veulent ainsi ; qu'il fait son possible pour pro- « léger et rétablir Port-Royal des Champs. » Voilà, monseigneur, ce que je me hâte de vous dire de peur de l'oublier, qui vous fera voir comment on parle de tous les côtés. Ne vous donnez point la peine de me répondre là-dessus, je vous en conjure, mais je vous dirai, tant que je vivrai, ce qui me reviendra sur cette matière ; et Dieu vous mettra au cœur quand il lui plaira de faire quelque chose qui vous lavera de tout soupçon.
J'ajoute que le roi d'Angleterre me dit qu'il lit tous les livres de ces messieurs, sans scrupule, parce que vous lui en avez donné la permission. La reine me dit en même temps qu'elle ne les veut point lire. Il est impossible que cela ne revienne point au roi et ne fortifie ses soupçons. Pardonnez-moi ma liberté, monseigneur*.
] . Au lieu de ces quatre derniers mots, La Beaumelle met : « Et s'il l'apprend, il est impossible qu'il ait de la conûance en vous. Et, s'il n'en a pas, il est impossible qu'il se sauve, car qui lui dira la vérité? Voyez que de bien vous pouviez faire 1 »