‹ Correspondance générale publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscritsChapitre 278 sur 420 · LETTRE LXXII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXII

A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARTS i.

ASaint-Cyr, ce 31 janTÎer 1700.

Je suis fâchée que la présence de M. le marécha deNoailles accoutume le roi à ne vous pas écrire, cai ce commerce seroit bon. Il faut espérer qu'il viend quand l'occasion s'en présentera.

Le roi a de la peine sur les trois jours gras qu^ vous voulez retrancher aux mascarades et aux bals^^ mais il finit toujours par dire qu'il veut être soumis et vous laisser faire. Je crois, monseigneur, qu'il faut accepter cette soumission, afin de raccoutumer au bien malgré qu'il en ait. Je lui dis que ces trois jours-là retrancheroient bien des péchés. La religion est peu connue à la cour : on veut raccommoder à soi, et non pas s'accommoder à elle'; on en veut toutes les pratiques extérieures, mais non pas l'esprit^. Le roi ne manquera pas à une station ni à une abstinence; mais il ne comprendra point qu'il faille

] . Autographe du cabinet de M. de Cambacérès. ?. La Beaumelle ajoute : « Les bals ne lui sont pas encore indifférents. » Le roi avait alors soixante-deux ans !

3. La Deaumelle ajoute : a On craint la lumière qui montreroit trop de clioses effravantes. »>

4. Louis XI V était très-dur pour tous les dissidents, huguenots, jansénistes, quiétistes, c'étaient des ennemis politiques. D'un autre côté, madame de Maintenon nous apprend qu*il avait toutei les pratiques extérieures de la religion, mais non pas Vesprit, et Fénelon, avant celte dame, nous avait dit la même chose (Voir dans ce volume, p. 49). Cela semblerait justifier le reproche que lui faisaient les pamphlétaires de Hollande, que la religion n'était pour lui qu'un instrument de règne?

A M. L'ARCnEVÊQUE DE PARIS (1700]. 309

^'Aumilier et prendre Tespril d'une vraie pénitence, 6t que nous devrions nous couvrir du sac et de la cendre pour demander la paix *.

Je lui parlai hier des conseils provinciaux^ et lui i^edis tout ce que M. de Meaux m'en avoit dit le matin. Je voulus citer fortement cet évoque, parce qu'il ne passe pas pour être si dévot que ceux qui me parlent quelquefois. Jamais je n'ai trouvé le roi plus fermé, plus en garde.

Je lui montrai ensuite une lettre que m'écrit madame de Mondonville qui demande la liberté, ou au moins quelque adoucissement à sa prison ^; je lui dis que tous ces exilés contre les formes lui feroient tôt ou tard de la peine. Il me répondit pour toute chose qu^il en avoit toujours vu user ainsi en pareille occasion.

Je ne devrois pas, monseigneur, vous montrer mes peines, qui ne feront qu'augmenter les vôtres, mais

1. La mort de Charles II était imminente, et l'on prévoyait de grands troubles en Europe : pour les conjurer, Louis XIV travaillait alors avec Guillaume 111 à un traité de partage de la monarchie espagnole.

2. Des conciles provinciaux avaient été tenus l'année précédente pour l'acceptation du bref qui condamnait les Maximes des Saints» Il s'agisî^ail de prolonger ou de continuer ces assemblées.

3. Madame de Mondonville avait fondé, en ICCl, à Toulouse, l'institut des Filles de l'enfance de Jésus, dont elle fut nommée supérieure. Cet institut devint un des foyers du jansénisme, et là s'imprimaient el se répandaient dans le royaume les écrits du parti. Les jésuites s'en plaignirent, et l'institut fut supprimé, les religieuses transfi^rées dans d'autres couvents, et madame de Mondonville exilée cliez les Hospitalières de Coutances. Elle parvint à faire parvenir ses plaintes à madame de Maintenon.

je ne veux rien vous cacher*. Je ne merebuteraL pas, s'il plaît à Dieu, et je lui dirai la vérité tantqa je vivrai, quoique je sois persuadée que, tant que nous aurons le père de La Chaise, nous ne ferons rien.

Je vis dimanche le père Bourdaloue qui me témoigna la peine de la Compagnie sur ce que je parois ne la pas aimer, parTéloignement qui est entre le père de La Chaise et moi. Je répondis que ce n'étoit pas ma faute , et que j'étois prête à faire toutes les avances avec lui^. Je dois être dans ces sentiment», et j'y suis, grâce à Dieu; mais je n'espère rien de ce côté-là.

Votre mandement pour le jubilé, monseigneur, sera lu certainement : il faut y mettre des vérités fortes et touchantes. Je vous dis tout ce qui me vient dans l'esprit et j'abuse de votre patience. Conservez votre santé pour la gloire de Dieu.

1. La Beaumelle ajoute : « Si je l'aimois moins, depuis lODgteraps je me serois rebuléc; mais je lui dois la vérité. »

2. La Beaumelle ajoute : u Que je n'étols d'aucun parU, que je ne tcnois qu'à l'Église; qu'il savoit l'estime que j 'a vois pour sa société et pour lui en particulier, et pour tous ceux qui lui ressendiloient; qu'il ne m'appartcnoit pas de protéger, ni de cabaler; que je devois penser seulement au salut du roi, et que mon unique peine contre le père de La Chaise étoit ^on aversion pour les dévots. » — Toute cette longue phrase Cî^t diî rimonlion de La Beaumelle.

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