LETTRE XCIX
NOTE PRÉLIMINAIRE
}n lit dans le Journal de Dangeau (t. YII, p. 417) : fardi 1 6, à Versailles. — Déclaration que monseigneur le ; (T Anjou est roi cT.Espagne, — Le roi, après son lever, fit rer F ambassadeur dans son cabinet, et pois il appela mongneur le duc d'Anjou, qui ëtoit dans les arrière-cabinets, dit à l'ambassadeur : « Vous le pouvez saluer comme otre roi. » L'ambassadeur se jeta à deux genoux, et lui sa la main à la manière d'Espagne ; il lui fit ensuite un ezlong compliment en espagnol, et après qu'il eut fini, le liii dit : « Il n'entend pas encore l'espagnol, c'est à moi L répondre pour lui. » Les courtisans étoient à la porto cabinet du roi ; Sa Majesté commanda à l'huissier d'our les deux battants de la porte et de faire entrer tout le «de, et dit : « Messieurs, voilà le roi d'Espagne ; la naisance Tappeloit à cette couronne ; toute la nation l'a sonlaité et me l'a demandé instamment , ce que je leur ai iccordé avec plaisir. C'ëtoit l'ordre du ciel.» Puis en sereimant au roi d'Espagne, il lui dit : « Soyez bon Espagnol, î'est présentement votre premier devoir; mais souvenez- ^ous que vous êtes Français pour entretenir l'union entre es deux nations ; c'est le moyen de les rendre heureuses )t de conserver la paix de l'Europe. »... Monseigneur le c de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry embrassent le roi d'Espagne, et ils fondoient tous trois en larmes l'embrassant... — Le roi d'Espagne partira d'ici le preer de décembre; monseigneur le duc de Bourgogne et mseigneur le duc de Berry iront le conduire jusqu'à la mtière d'Espagne. Les ducs de Beauvilliers et de Noailles I accompagneront, et le roi permet à tous les jeunes coar^ ans qui le voudront suivre de faire le voyage ; quelquess même le suivront jusqu'à Madrid.». L'ambassadear îspagne dit fort à propos que ce voyage devenoit aisé, et
que présentement les Pyrénées étoient fondues >... Quand messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry auront laissé leur frère à la frontière, entre les mains des Espagnols ils iront visiter le Languedoc et la Provence, puis ils passeront à Lyon et reviendront ici à la fin de mars. »
A M. LE CARDINAL DE NOAILLES»
17 novembre 1700.
C'est pour avoir trop de choses à vous dire, monseigneur, que je ne puis vous écrire. Lundi j'en chargeai le comte d'Ayen, qui est plus maître de sa chambre que je ne le suis de la mienne. Tout le monde parolt ravi de l'affaire d'Espagne ; notre jeune roi la reçoit avec la gravité et le sang-froid d'un roi de quatre-vingts ans^. Les trois frères ont montré dans cette occasion une grande tendresse les uns poar les autres. Voilà, monseigneur, une grande grandeur dans la maison de France. Il y a des gens bien sages qui sont persuadés que nous n'aurons point de guerre, et que nous en aurions eu une longue et ruineuse
1 . Le Mercure rapporte ainsi co mot : ce L'ambassadeur se Jela à ses pieds et lui baisa la main , les yeux remplis de larmes de joie, et s'étant relevé, il fit avancer son fils et les Espagnols de sa suite qui en firent autant. Il s*écria alors : Quelle joie ! il n'y a plus de Pyrénées ; elles sont abîmées, et nous ne sommes plus qu'un. » — On sait que plus tard le mot : Il n*y a plus de Pyrénées fut attribué à Louis XIV. (Note des éditeurs du Journal de Dangeau,)