‹ Correspondance générale publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscritsChapitre 320 sur 420 · Autographe du cabinet de M. de Cambacérès · texte numérisé non relu

Autographe du cabinet de M. de Cambacérès

A M. LE CARDINAL DE NOAILLES [1700]. 347

garde l'union de TEspagne avec nous avec un nouveau plaisir, quand je pense que nous voudrons le même pape, et que, par là, vous reviendrez plus tôt. Cet intérêt est grand pour moi et pour bien d'autres ; et vous savez, monseigneur, que je n'ai jamais cru que vous fissiez autant de bien dans le conclave que vous en faites dans le diocèse. Vous aurez appris que M. de Châlons vouloit demander le bénéfice que le roi s'est hâté de donner au fils de M. le Grand. Il ne nous reste que le plaisir de n'avoir fait aucun pas pour cela. Nous sommes à Marly, comme des gens qui n'ont rien à faire. Le roi de France plante et le roi d'Espagne chasse le jour, et joue à cligne-musette le soir dans ma chambre. Je voudrois qu'il fût déjà parti, et si j'avois voix en chapitre, il seroit allé en poste prendre possession d'une si belle succession ^ Il sera plus de quarante jours en chemin. M. le duc de Beauvilliers a bien la mine de demeurer; il est dans une langueur dont il aura de la peine à revenir. Madame sa femme marche pour avoir soin de lui. Madame la duchesse de Noailles me paroît fort triste : je ne sais si c^est simplement de voir partir M. son mari et son fils. Elle ne m'en avoue pas d'autre cause. Il me paroît que M. de Noailles doit être content de la manière dont le roi l'a engagé à ce voyage, dont il pourra bien demeurer chargé tout seul. Cependant je crains qu'il ne le voie présentement que par le mauvais côté, qui est l'éloignement du roi, et ce que

1 . La Beaumelle met : m On ne peut aller trop vite saisir une couronne si belle. »

les courtisans croient le plus grand malheur. Le comte d'Ayen est plus philosophe et par conséquent plus tranquille : il part avec joie; il mène unemasique pour son plaisir et pour celui de M. le duc de Bourgogne ^ Je lui ai conseillé de ne rien épargner, mais je ne m'en vante pas à madame la duchesse de Noailles.

L'abbé de Luxembourg a laissé une belle abbaye. L'abbé de Mornay veut la demander en remettant la sienne-. M. le cardinal de Bonzi presse pour avoir un coadjutcur^. J'en presse le roi aussi, parce que je crois qu'il y va de sa conscience; mais je ne sais sur qui ce choix devroit tomber.

J'ai parlé aussi contre le curé de Marly : on ne pense point à le faire évéque.

Le père de La Chaise a proposé au roi de me consulter sur le choix d'un confesseur pour le roi d'Espagne. Je l'ai refusé, en disant que, vous n'étant pas ici, je ne pouvois m'instruire.

Je suis bien étonnée, monseigneur, d'avoir pu achever cette lettre. Je ne vous parle point des nouvelles publiques. Assez de gens prennent soin de vous les mander.

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