‹ Correspondance générale publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscritsChapitre 401 sur 420 · Manuscrits des Dames de Snint-Cyr · texte numérisé non relu

Manuscrits des Dames de Snint-Cyr

AU ROI d'esmgne (1701). 445

jesté qu'elle n'a personne plus attachée à elle que je le suis, et que je m'intéresse à ses plus petites affaires, comme aux plus grandes. Son divertissement même ne m'est pas indifférent, et j'avois pris de grands soins de bien instruire madame la duchesse d'Harcourt pour qu'elle y contribuât de tout son pouvoir.

J'espère que Votre Majesté trouvera de la joie avec la reine, qu'on dit être pleine d'esprit. Madame la princesse des Ursins est très-propre à vous aider à la former *. Il ne faut pas que Votre Majesté l'abandonne à faire sa volonté, comme la bonté du roi a abandonné madame la duchesse de Bourgogne, qui a tant mangé et tant veillé, qu'elle en a été à la mort. Je me souviens que vous disiez un jour dans mon cabinet qu'il falloit conlraindre la jeunesse. Voici le temps de mettre cette maxime en pratique. Ces deux princesses ont été très-bien élevées et fort retenues, de sorte que la nôtre s'est livrée à la liberté qu'on lui a laissée, et a abusé de son bon tempérament. Mais si sa maladie a dû être regardée comme un effet du dérèglement de la vie qu'on faisoit, elle a d'ailleurs été bien glorieuse à notre princesse, qui y a montré toute la religion qu'on pouvoit désirer. Elle voulut se confesser, et le fit dans des dispositions et avec un courage et une résignation que son âge ne promettoient pas. Sa raison et sa patience n'étoient pas moins surprenantes dans un naturel si vif. Mais il ne faut pas

1 . Voir dans le t. V, à l'appendiee de Tannée 1701, les lettres de la princesse des Ursins à M. de Torey.

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parler de mort sans dire à Votre Majesté, qui Taora bien appris, d'ailleurs, que nous en venons de voir une qui a dû réjouir le ciel et qui a édifié lous cem qui en ont été témoins * . Je ne parle pas seulement des gens de bien, mais les plus libertins de la coar ne voyoient pas le roi d'Angleterre sans étonnemenl. Il a été six jours sans qu'on pût rien espérer pour sa vie. Tout le monde le voyoit ; il communia deux fois; il parla à son fils, à ses domestiques catholiques, aux protestants, à notre roi, à la reine, et à toutes les personnes de sa connoissance; mais tout cela avec une présence d'esprit, une paix, une joie, un zèle, une fermeté, une simplicité dont tout le monde revenoit charmé. Quand on ouvrit son corps, les médecins et les chirurgiens prenoient quelque chose pour en faire des reliques ; les gardes trempoient leurs mouchoirs dans son sang, les autres faisoient toucher leurs chapelets. Je crains d'abuser de la patience de Votre Majesté, à qui l'on a peut-être mandé toutes ces particularités. Votre piété. Sire, vous les fera goûter. Nous savons qu'elle la conserve, et qu'elle ne perd pas d'occasions d'en donner des marques^. Je n'ai point d'avis à donner à Votre Majesté. Il ne revient d'elle qu'une conduite qui passe tout ce qu'on pouvoit en attendre. Nous n'avons à lui souhaiter qu'un peu plus de secours, jusqu'à ce qu'elle puisse tout faire par elle-même. Le roi voit avec beaucoup de peine que le duc d'Harcourt ne revient point de

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