Autographe du cabinet de M. le duc de Cambacérès. IV. àO
iroit, elle y auroit fait bien du mal par les brigues qui s'y faisoient et pour et contre elle, et jamais la paix n'y auroit été. Toutes ces raisons nous ont fait prendre la résolution de vous la renvoyer, puisque vous avez la charité, pour elle et pour nous, de vouloir encore vous en charger, monseigneur, ce qui n'auroit pas été facile à obtenir d'un autre, et sans vous il eût fallu que les religieuses de Moret Teussenl gardée. Elles prieront Dieu de vous récompenser du repos que vous leur procurez. Madame de Beuvron paroît une bonne fille : peu d'esprit, peu de piété, fort occupée de sa personne, excessivement propre, visionnaire sur sa santé, ménagère, assez douce et sage ; persuadée qu'elle a un rang à soutenir, froide, sèche, incapable de la patience qu'il faut avoir avec des filles, difficile à aborder, ne se faisant point aimer, en général, des favorites; enfin, une vraie religieuse comme elles sont d'ordinaire, c'est-à-dire sans éducation, sans maxime, sans droiture et sans dévotion solide. Elle sera mardi k Paris. Elle va en relais dans mon carrosse, accompagnée de Nanon et de mademoiselle d'Osmond, que j'ai auprès de moi. Elle emporte tout ce qu'elle avoit acheté à l'usage de sa personne comme linge, habits, couvert et écuelle d'argent. Je lui ai toujours donné cent écus tous les ans, afin qu'elle n'eût rien à demander à la maison. Elle les a employés pour elle, et il ne lui manque rien. Elle aura deux cents francs de Moret, et M. de Sens se charge d'établir cette pension en cour de Rome. Elle en sera bien payée tant que je vivrai, car il retiendra cette somme sur ce que je leur donne, et elle passera
entre vos mains. Je lui donnerai quatre cents francs, quoique je n'en aie promis que deux cents, et ainsi vous pouvez compter, monseigneur, sur deux cents écus, et en avances ce qu'il vous plaira sur ma parole. Voilà vous importuner longtemps d'une même affaire, mais c'est pour n'y plus revenir. Il faut pourtant que je vous remercie encore de la complaisance que vous avez pour moi en cette occasion.