‹ Correspondance générale publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscritsChapitre 61 sur 420 · Les 34 arUcIes d'issy · texte numérisé non relu

Les 34 arUcIes d'issy

LETTRE CCCXCV

A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS*

Ce 9 mars 1696.

Le roi m'a dit à mon retour de Saint-Cyr, que vous vouliez l'embarquer dans une affaire à laquelle il ne pouvoit consentir, qui est de prendre l'abbaye de Coulon, pour le dédommagement de l'évôché de Chartres; qu'il faudroit en donner une autre à Monsieur, et qu'il était impossible qu'il donnât une abbaye qui ne seroit pas dans son apanage. J'ai répondu que vous entendriez bien toutes ces raisonslà, et que vous n'affectiez rien en particulier. Je vous conjure, monseigneur, de traiter cette affaire, de sorte que le revenu de M. l'évêque de Chartres n'augmente point, mais qu'on songe uniquement au bien de l'évôché pour l'avenir. Il ne faut pas que notre saint ami scandalise personne, et qu'il paroisse intéressé ne l'étant pas. Je crois qu'il m'avoueroit ce que je dis.

L'entreprise d'Angleterre est manquée; ne le dites point le premier, s'il vous plaît ^.

M. l^archevéque de Cambrai, en disant il y a quelques jours combien il seroit utile que les évê-

1 • Autographe du cabinet de M. le duc de Cambacérès.

2. Sur la nouvelle qu'il se préparait en Angleterre un mouvement contre le prince d*OraDge, des troupes et des vaisseaux avaient été secrètement rassemblés à Calais pour faire un débarquement, et le roi Jacques 11 était venu en prendre le commandement ; mais les Anglais eurent vent du projet et réunirent trente vaisseaux de ligne entre Calais etGravelines : l'entreprise manqua.

A M. l'archevêque DE PARIS (4696). 71

chés eussent peu d'étendue, ajouta que, si Ton vouloit séparer Cambrai, bien loin de demander un dédommagement , il donneroit une partie de son revenu.

LETTRE CCCXCVI

NOTE PRÉLIMINAIRE

Cette lettre renferme une phrase qui éclaire singulièrement la question des prétendues lettres écrites, selon La Mamelle, par madame de Maintenon à madame de Saint- Géran. Dans cette lettre, madame de Maintenon dit :

« Madame de SaintOéran, à qui je n'avais pas parlé, il y a bien des années, m'a demandé une audience, et en m'assurant qu'elle veut être dévote, elle a voulu me persuader de la faire aller à Marly. Je lui ai parlé avec une grande franchise sur sa mauvaise conduite, etc. »

On voit quelle intimité il y avait entre les deux dames, la confiance qu on doit avoir dans les lettres données par La Beaumelle, et quelle femme était madame de Saint-Géran. Nous la verrons à la fin de cette année disgraciée et exilée de la cx)ur. A la date même de cette lettre, qui condamne si clairement ses mensonges, La Beaumelle ne craint pas de mettre, comme nous allons le voir, une lettre de son invention.

A M. U ARCHEVÊQUE DE PARIS»

11 mars 1696.

Si ce que j 'a vois à faire à Saint-Cyr, mardi eût pu se remettre, je n'aurois pas manqué de le faire; mais il falloit donner le voile à trois filles, qui auroîent été bien affligées de n'être pas traitées comme Ie&

K Autographe du cabinet de M. le duc de Cambacérès.

72 COBBESPONDANCE GÉNÉRALE.

autres. M. le curé m'a dit ce matin que le jubilé

commence ici avec un zèle qu'il n'a pas vu dans les

autres. J'espère bien, monseigneur, que Dieu bénira

vos travaux et vous donnera la force de soutenir en

paix les contradictions.

Monsieur est celui qui paraît le plus peiné de la piété. Il dit l'autre jour au roi qu'il y avait eu beaucoup de masques et de bals, et que l'on avoit défendu le jeu à la foire * ; que M. le Duc ayant demandé des dés, qu'on lui en refusa, et qu'il demanda un t(h tam^; que l'on ne vouloit pas qu'on y bût et qu'on y mangeât; que les crocheteurs, les porteurs d'eau ne pou voient plus se montrer les dimanches; et dans toutes ces plaintes qu'il faisoit sans y joindre aucune réflexion, on voyoit bien qu'il croyoit être devant des gens qui pensent à peu près comme vous, et qu'ils l'empêchoient d'en dire davantage. Le roi ne répondoit presque rien; mais quand Monsieur fut parti, il me dit que vous ne lui aviez rien dit sur le jeu, mais qu'il craignoit pourtant que vous ne l'eussiez défendu; et il m'a dit depuis qu'il étoitvrai que le jeu étoit compris dans les défenses de M. de la Reynie^.

Le roi est sage; il vous respecte; il ne vous résistera pas; il me disoit l'autre soir qu'il ne chargeroit pas sa conscience, en s' opposant à ce que vous

1. On lit dans le Journal de DangeaUt lundi 5 mars : « Le jubilé commença, tous les spectacles et mascarades sont défendus; on a même défendu aux marchands de la foire Saint-Germain de donner à jouer. »

2. Je ne sais ce que veut dire ce mot. La Beaumelle met : Du rogum.

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