M. Tajan-Rogé habitait alors la Nouvelle-Orléans
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neukment, et que l'auditoire entend en réalité, mais un peu affaiblies par la toile qui sert ainsi de sourdine. J'ai été rappelé quatre fois après cet ouvrage, que j'écrivis, il y a vingt-deux ans, en vagabondant dans les bois en Italie, et que je ne ferai sans doute jamais exécuter ici que par fragments. [1 y a là un chœur d'Ombres qui m'a fait frissonner, je vous l'avoue, tant c'est étrangement terrible dans son lent et solennel crescendo. En voici les paroles :
Froid de la mort, froid de la tombe, Bruit éternel des pas du temps, Noir chaos où l'espoir succombe, Qjand donc finirez-vous? Vivants!
Toujours, toujours la mort vorace Fait de vous un nouveau festin, Sans que sur la terre on se lasse De donner pâture à sa faim.
Pour VEnfance du Christ, l'effet a été le même qu'ici, où il faut avouer que le public a été réellement très aimable. On a pleuré à mouiller des mouchoirs. Je regrette bien de ne pouvoir pas vous faire connaître cela; mais, dès que la partition aura paru, je vous l'enverrai. Le fils de Guiraud m'a été bien utile pour les deux dernières exécutions. 11 a accompagné les choeurs aux répétitions, il a dû même les diriger pendant le finale de la première partie, où les choristes sont placés de manière à ne pas voir le chef d'orchestre. C'est un charmant garçon qui deviendra un homme.
Faites sur lui des compliments à son père en lui transmettant mes plus cordiales amitiés. Je serre la main à Prévost en lui souhaitant du courage pour le rude labeur qu'il accomplit.
d'hkctok beri,ioz.' 223
Maintenant adieu, mon cher Uogé; il me faut employer activement les huit jours que je suis venu passer à Paris, étant engagé à donner trois concerts à Bruxelles du 15 au 25 de ce mois. Puis je dois en donner un autre ici à l'Opéra- Comique le 6 avril, avec les deux théâtres de M. Perria réunis, organiser l'exécution (première) de mon T& Deum à Saint- Eustache pour le 1" mars et partir pour Londres, où je suis engagé par la New Philharmonie Society.
Du reste, rien de nouveau dans le monde musical parisien, mademoiselle Cruvelli n'a toujours que cent mille francs pour huit mois....
Ma femme vous remercie de votre bon souvenir. Nous voyons quelquefois madame et madenKy elle Rogé, qui sans doute se portent bien. Je suis ici depuis six heures et n'ai pu avoir encore de leurs nouvelles.
Lxxiir.
A M. AUGUSTE MOREL
Paris, le 14 avril 1S55.
Mon cher Morel,
Je ne vous écris que six lignes pour vous prier de m'excuser si je n'ai pas encore répondu à votre dernière lettre. Elle m'arriva au moment où je partais pour Bruxelles et j'ai été depuis lors si éreinté, si absorbé par mille tracas, qu'il m'a élé impossible de trouver cinq minutes de liberté.
22i conRESpo^■r)A^■cE im':!)Ite
Les musiciens belges m'ont fait souffrir une torture de Huron. Ces braves artistes, si bons, si patients, si accueillants, ne peuvent se décider à prendre la peine de décomposer une mesure et tout ce qui ne frappe pas ]o premier temps fort leur fait perdre l'équilibre. Le troisième concert seul a bien marché.
Celui de l'Opéra-Comiquc, samedi dernier, a beaucoup laissé à désirer sous le rapport de l'exécution. L'orcheslre seul est resté irréprochable.
Maintenant me voilà {ilongé dans le Te Dcum, et c'est en ce moment que votre absence me semble étrange... J'espère pourtant que tout marchera bien. Voulez-vous être assez bon pour faire reproduire dans les journaux de Marseille la réclame ci-jointe? Il faut que l'immense église soit pleine, ou nous sommes flambés. Cela coûte sept mille francs.
J'apprends que vous écrivez un nouveau quintette?... tant mieux! que ce genre difficile fleurisse donc en France! Votre ami Baudillon se marie, il épouse une jeune pianis'e qui a l'air fort gracieux et tout à fait agréable. Et vous? ne vous mariez- vous point? vous auriez pourtant besoin d'un intérieur; vous manquez de dorloteries, je le crains, sensible et mélancolique comme vous l'êtes.
Je serre la main à Lecour. Théodore Bennet (Ritter) lui adédié sa réduction pour le piano de noire adagio de Roméo, Cet enfant est très remarquable et je l'aime sincèrement.
D'HECTOU BERLIOZ. 225