En français dans le texte
J98 LETTUES DE S. MILL
de celui du second de ses ouvrages, qui a été composé dix ou douze ans plus, tard, et en vue d'un public plus avancé. Il a raison de dire, par exemple, que la liberté des prophètes était chez les juifs Féqui valent de la liberté de la presse, et ce point de vue est neuf et saisissant : mais il n'était pas nécessaire de nous affirmer que les prophètes ne prétendaient pas être ni n'étaient supposés être spécialement institués par Dieu, ni que toutes les expressions qui semblent indiquer qu'ils l'étaient, ne sont qu'une façon de parler, qui signifie simplement que c'étaient des hommes très clairvoyants ; ni enfin d'appuyer cette opinion d'arguments tirés d'habitudes ou de phrases de la langue hébraïque. Pourquoi ne pas dire une bonne fois que toute personne de génie, inspirée au sens moderne, tout poète, tout homme doué d'imagination et d'éloquence, qui, dénué d'éducation, exerçait une grande influence, passait pour tirer celte puissance directement de Dieu, et qu'en conséquence de celle croyance religieuse, et pour des motifs religieux, il jouissait d'une liberté de parole et de censure des puissants delà terre, qu'on n'aurait certainement pas, à cette époque, accordée à qui n'aurait parlé qu'en son propre nom ?
J'ai lu dans mes moments de loisirs, le livre de votre ami Leroux : L'humanité. J'en aime la partie historique. Ses quelques pages sur les écoles philosophiques de la Grèce, sont parfaites. Mais quand on en arrive à sa propre théorie, quel mortel a jamais écrit de pareils non-sens ? Il a aussi des idées sur Moïse, mais qui ne valent pas celles de Salvador.
J'ai hâte de lire vos réflexions sur ce livre mais je ne vous conseille pas d'en publier une traduction ici. Môme Salvador n'est ni traduit, ni connu chez nous.; et personne n'est mûr pour lire une discussion philosophique sérieuse sur la Bible. Nous sommes tous voltairiens ou bigots : mais nous faisons des progrès. Dans dix ans je pense que nous aurons trouvé noire voie entre l'école néo-catholique d'Oxford, et les rationalistes allemands qu'on commence à lire sérieusement.
Tout ce que vous dites dans votre lettre, sur la politique, est extrêmement intéressant et manifestement vrai. Vous êtes la seule personne dont l'opinion sur la situation et l'avenir politique de la France m'inspire pleine confiance. Quant à nous, je crois que nous aurons un vrai ministère juste-milieu, et que les choses iront tant
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bien que mal jusqu'à ce que « la grande question sociale des ouvriers* » devienne imminente, ce qui arrivera bientôt, plus vite peut-être que chez vous. Ce qui se produira alors, le ciel le sait. « II nous manqué un homme tout comme à vous* » .
Mes meilleurs souvenirs à Adolphe et à tous nos amis.
Votre affectionné,
J. S. MlLL.