‹ Correspondance inédite de Buffon (volume 2)Chapitre 50 sur 80 · A MADEMOISELLE BOUCHERON · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE BOUCHERON

Montbard, le 30 mai 1771.

Je suis bien content, ma très-chère demoiselle1, de ce que mon bijou d'Allemagne ne vous a pas déplu, et du projet que vous avez de vous en amuser ; mais il ne vaut pas les remercîments que vous avez la bonté de me faire. Je serai bien et plus que payé de vous sentir quelquefois occupée de mes pensées, et je serais encore bien plus flatté si je pouvais vous occuper de mes sentiments et de la tendre et respectueuse amitié que je vous ai vouée. J'espère que vos dames me feront l'honneur de venir vendredi ; faites-leur mes instances et ma cour. S'il

* Depuis Mme Daubenton.

faut une voiture à quatre, je l'enverrai ; conférez-en avec le cher oncle2, que j'embrasse. On déposera aujourd'hui à Chevigny un gros jasmin jonquille. C'est avec tout attachement, mon aimable bonne amie, que j'ai l'honneur d'être votre trèshumble et très-obéissant serviteur.

(Inédite. — De la collection de M. Henri Nadault de Buffon.)

GXX

A M. MACQUER1.

Montbard, le 4 juin 1771.

J'ai reçu, monsieur, avec autant de reconnaissance que de plaisir, les choses obligeantes que vous me dites, et j'en voudrais bien faire pour vous qui vous fussent agréables. Vous êtes bien certain, monsieur, que j'approuverai tout ce que vous ferez, et vous ne devez point être inquiet du serment de fidélité . Vous ne pourrez en effet le prêter qu'à mon retour à Paris ; mais ce délai n'empêchera pas que vous ne soyez traité comme si vous le prêtiez dès à présent, et vous pouvez, monsieur, dès que vous le voudrez, prendre le titre et l'exercice de professeur2, et distribuer vos cours comme vous le marquez. J'approuve tout ce que vous jugerez à propos de faire. Je ferai dans tous les temps ce qui pourra dépendre de moi, et je m'emploierai auprès de M. le duc de La Vrillière3 pour vous rendre le service que vous me demandez. Agréez, monsieur, tous mes remercîments sur les sentiments que vous me témoignez, et soyez persuadé de la sincérité de ceux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.

(Inédite. — Tirée des manuscrits de la Bibliothèque impériale, Supplément français.)

IkO CORRESPONDANCE [1771]

A GUENEAU DE MONTBEILLARD.

Montbard, le 5 décembre 1771.

Il y a longtemps, mon cher bon ami, que je désire de vous voir, et vous me ferez bien plaisir de venir quand vous pourrez; mais je n'entends pas trop ce que vous voulez dire par le Robinet des suppléments dont vous m'annoncez la visite. Je connais en effet un Robinet qui supplée souvent M. l'intendant1. Je connais un autre Robinet qui fait des suppléments à l'Encyclopédie2, et j'aimerais mieux que ce fût le premier que le second qui dût vous accompagner ici.

Vous avez raison de dire que ce qu'écrit le Mousquetaire au sujet des paons blancs n'est que du bavardage. M. Hébert, qui est très-bon à entendre sur ce qu'il a vu, ne se souvient guère de ce qu'il a lu ou dû lire ; ainsi vous ne devez pas être étonné de ses méprises.

J'aurai ici dimanche M. et Mme de Saint-Belin et M. et Mme Morel de Chatillon3; ils resteront quelques jours, et vous devriez, mon cher ami, venir au plus tard dans ce temps.

Je pense absolument comme vous au sujet de Jean-Jacques ;, et j'écrirai en conséquence à Panckoucke.

Ma santé s'est soutenue , malgré les tracasseries et le chagrin qu'on m'a donné bien gratuitement, ou plutôt bien ingratement*. Aussi je persiste dans mon régime, et depuis plus de trois semaines je ne mange ni viande ni poisson.

Je vous embrasse, mon cher bon ami, de tout mon cœur.

Buffon.

(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)

Page 1