‹ Correspondance inédite de Buffon (volume 2)Chapitre 55 sur 80 · FRAGMENT DE LETTRE A M. LE COMTE D'ANGE VILLER · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE LETTRE A M. LE COMTE D'ANGE VILLER

Montbard, le 17 novembre 1773.

.... Ah! que vous avez un digne et respectable ami dans M. Necker2! J'ai lu deux fois son ouvrage3. Je me trouve d'accord avec lui sur tous les points que je puis entendre. Ses idées sont aussi simples que grandes , ses vues saines et très-étendues ; et tous les économistes ensemble , fussent-ils protégés par tous les ministres de France, ne dérangeront pas une pierre à cet édifice, que je regarde comme un monument de génie. Je n'ai regret qu'à la forme. Je n'eusse pas fait un éloge académique, qui ne demande que des fleurs, avec des matériaux d'or et d'airain. Colbert mérite une partie des éloges que lui donne M. Necker; mais certainement il n'a pas vu si loin que lui. D'ailleurs, l'auteur a ici le double désavantage d'avoir ses envieux particuliers, et en même temps tous ceux qui cherchent à borner l'Académie. En un mot, je suis fâché qu'un aussi bel ensemble d'idées n'ait pas toute la majesté de la forme qu'il peut comporter. Les notes sont admirables comme le reste ; la plupart sont autant de traits de génie, ou de finesse, ou de discernement. Le style est très-mâle et m'a beaucoup plu, malgré les négligences et les incorrections, et les pitoyables plaisanteries que les femmes ne manqueront pas de faire sur les jouissances trop souvent répétées.

(Grimra, Correspondance inédite. — Publiée par M. Flourens.)

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